Grande-Synthe: «La Ville Monde», un documentaire sur les coulisses d’un camp français de réfugiés

TELEVISION France 3 diffuse, ce lundi soir, un film réalisé à Grande-Synthe sur la vie quotidienne et les enjeux d’un camp de réfugiés qui n’a duré qu’un an…

Gilles Durand
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Le camp de La Linière, le lendemain de l'incendie, en avril 2017
Le camp de La Linière, le lendemain de l'incendie, en avril 2017 — Olivier Aballain / 20 Minutes
  • France 3 diffuse un documentaire sur l’expérience, pendant un an, du seul centre de réfugiés construit en France.
  • Le réalisateur Antarès Bassis a filmé le camp de la Linière, à Grande-Synthe, dans le Nord.
  • On suit le parcours d’un architecte qui a participé à, la conception de ce camp de réfugiés.

« On a un Etat débile qui rejoue toujours les mêmes stratégies. » Cyrille Hanappe est un spécialiste en architecture. Il a conseillé la construction du centre de réfugiés de Grande-Synthe, dans le Nord, à partir de mars 2016. Baptisé la Linière, ce centre est le seul qui a vu le jour en France, face à l’afflux toujours plus important, des réfugiés. Contre l’avis de l’Etat.

Le documentaire d’Antarès Bassis, La Ville Monde, diffusé sur France 3, ce lundi soir, après le Soir 3, raconte les coulisses de cette initiative, menée par Médecins Sans Frontières et l’association Utopia 56. De la construction des premiers bâtiments jusqu’à l’incendie du 11 avril 2017 qui a ravagé le campement en quelques heures.

Environ 8.500 euros pour passer en Grande-Bretagne

Située à 40 km de Calais, Grande-Synthe est également confronté au phénomène migratoire. Son maire (EELV), Damien Carême, a toujours milité pour un accueil digne de cette population. « Montrer l’exemple, ce n’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule », explique-t-il, en paraphrasant Ghandi.

Au fil des images, on découvre que le prix du passage vers la Grande-Bretagne est d’environ 8.500 euros. Mais que « tu deviens la propriété du passeur », avoue un migrant devant les caméras. Et si ce camp de réfugiés était voué à durer ? « Tu es obligé de raisonner comme ça quand tu construis, analyse l’architecte Cyrille Hanappe. En Palestine, les camps étaient temporaires. Ils durent depuis soixante-dix ans. »

« Rome, c’était la ville des renégats, au début »

L’idée de Cyrille, c’est de faire de ce camp, un quartier de la ville. « Rome, c’était la ville des renégats, au début, selon la légende. La louve, en fait, c’est la prostituée. Ce sont des enfants de prostituées qui ont peuplé Rome, comme un bidonville », raconte l’architecte.

La plongée au cœur du campement nous montre les mauvais côtés (vols de matériaux), mais aussi les bons (l’école pour les enfants). « J’ai toujours été accueillie par des gens qui m’ouvraient les bras », regrette la directrice d’école qui, contre l’avis de l’Education nationale, tentait de scolariser les enfants de migrants. « Il n’y aura pas de reconstruction », assène l’éphémère ministre de l’Intérieur, après l’incendie du camp de la Linière. « C’est vrai que c’est fragile ce genre de projet, mais beaucoup de choses sont fragiles. Il faut retrouver d’autres solutions », pleure Cyrille Hanappe.