Nord: Quelles pourraient être les conséquences du malaise chez les travailleurs sociaux?

SOCIAL Le dialogue est rompu entre le département du Nord et certains travailleurs sociaux concernant la charge de travail et les missions à accomplir…

Gilles Durand

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Des agents sociaux en colère, devant la préfecture où avait lieu le point presse du président du Département du Nord.
Des agents sociaux en colère, devant la préfecture où avait lieu le point presse du président du Département du Nord. — G. Durand / 20 Minutes
  • Les agents sociaux de Tourcoing-Mouvaux ont entamé un mouvement de grève début octobre, pour dénoncer leurs conditions de travail.
  • Les travailleurs sociaux du Nord sont appelés par un syndicat à manifester, le 6 novembre, devant l’hôtel du département du Nord.
  • Le président du département, Jean-René Lecerf, estime qu’il s’agit d’une nouvelle politique sociale mise en œuvre et qui se heurte aux réticences.

Le calumet de la paix n’est pas prêt à être fumé. Entre certains travailleurs sociaux et le président (DVD) du département du Nord, Jean-René Lecerf, le dialogue semble rompu. Et l’appel à la grève et au rassemblement, le 6 novembre, par le syndicat Sud, sera un test pour prendre conscience de l’ampleur du malaise.

« Ça va se calmer après le 6 décembre, date des des élections professionnelles au sein du département », prédit Jean-René Lecerf, qui voit dans ce mouvement « une agitation syndicale à l’approche de cette date.

« Une grève massive et longue est impossible »

« La plupart des agents qui ont déjà fait grève ne sont pas syndiqués, rétorque Sud. Et le département sait que la conscience des agents sociaux les empêchera de faire une grève massive et longue car ce sont les familles les plus démunies qui en souffriraient. »

Ce mouvement de mécontentement, il a commencé, début octobre, au sein de l’unité territoriale (UTPAS) de Tourcoing-Mouvaux. Le 16 octobre, une manifestation devant l’hôtel du département a réuni entre 300 et 400 personnes.

« Nous sommes en surcharge de travail concernant les enfants en difficulté. Avec plus de 40 situations à gérer par travailleur social, nous n’arrivons plus à voir les familles dans de bonnes conditions », assure Marie, une assistante sociale en colère.

« On ouvre des postes mais personne n’est candidat »

De son côté, le président du département affirme être dans les clous au niveau personnel encadrant. « Le problème, c’est qu’on ouvre des postes, mais que personne n’est candidat, explique-t-il. Sinon, je suis d’accord sur un point : il manque des assistantes familiales pour accueillir les enfants placés. »

Depuis son arrivée à la tête du département, Jean-René Lecerf a, notamment, mis en place une politique qui vise à réduire le nombre d’hébergements en foyer au profit de placement dans ces familles d’accueils. « Un enfant sera toujours mieux dans une famille qu’en foyer. Et ça coûte beaucoup moins cher », souligne-t-il.

Un argument que réfute Hélène, assistante sociale à Roubaix : « Tout dépend de la situation. Certains enfants supportent mieux la structure collective car, placés dans une autre famille, ils ont l’impression de trahir leurs parents. En plus, les familles d’accueil peuvent parfois arriver à saturation psychologique. C’est plus facile pour des éducateurs qui se relaient dans les foyers. »

« On passe notre temps à chercher des places »

« La réalité, dénonce Marylène, c’est qu’on passe notre temps à chercher des places. Des enfants placés par un juge se retrouvent, parfois, chez nous en salle d’attente, faute de solutions d’hébergement. Et, au final, ils sont obligés de retourner chez leurs parents. »

Le département assure pourtant avoir créé des places d’accueils, que ce soit pour les mineurs migrants non accompagnés ou pour des accompagnements avec des moyens éducatifs renforcés. « Les nouveaux dispositifs sont très rapidement saturés », argue un agent social.

« Soulager le travail des agents sur le terrain »

« Nous avons créé une quatrième unité territoriale à Roubaix Ville, un centre d’appel sur la métropole lilloise et une cellule de recueil des informations préoccupantes pour soulager le travail des agents sur le terrain », renchérit Jean-René Lecerf qui estime que la nouvelle politique qu’il veut mettre en place « se heurte à des résistances ».

« Cette politique ne sera possible que si on réduit le nombre de placement d’enfants, répond une travailleuse sociale de Tourcoing. Et pour réduire ce nombre, il faut donner les moyens de faire davantage de prévention. » Cela risque d’être difficile de trouver un terrain d’entente.