VIDEO. Lille: S’approprier une œuvre de street art est-il considéré comme du vol?

ART Un street artiste roubaisien s’est indigné de voir, dans une vidéo, un homme décollant plusieurs de ses œuvres installées la veille à Lille…

Mikaël Libert

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Une des affiches de Pi80 que le «voleur» a tenté de décoller à Lille.
Une des affiches de Pi80 que le «voleur» a tenté de décoller à Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • Un homme a été filmé en train de voler des œuvres de street-art à Lille.
  • Mais le cadre juridique concernant l’acte de cet homme est assez flou.
  • La revente de ces œuvres pourrait être un délit en termes de droits d’auteur.

A qui appartient le street art ? Vendredi dernier, un homme a été filmé alors qu’il décollait des pochoirs, installés la veille dans plusieurs rues de Lille, par un street artiste roubaisien. La vidéo a fait son petit buzz sur les réseaux sociaux et de nombreux internautes, y compris l’artiste en question, étaient persuadés que le décolleur allait faire commerce de ces affiches. Mais est-ce vraiment illégal de s’approprier une œuvre collée illégalement ?

« Nous voulions réaliser des photos des affiches posées la veille quand nous sommes tombés sur ce type, rue Saint-Etienne, explique Nathan, l’auteur de la vidéo. S’il n’avait pris qu’une affiche, je n’aurais rien dit, mais là, il en a décollé au moins cinq identiques », assure-t-il. Nathan précise par ailleurs que l’homme était équipé : « Le coffre de sa voiture était plein d’affiches. Il avait aussi une échelle télescopique et un spray pour humidifier la colle ». Alors quand l’individu a déclaré que c’était pour « décorer la chambre de son gamin », il n’y a pas cru.

Un investissement pour l’avenir ?

« Être décollé ou nettoyé par les services de la ville, ça fait partie du jeu, reconnaît Pi80, l’auteur du pochoir. Cet homme est un habitué, il l’a déjà fait avec d’autres. Je suis persuadé qu’il garde les œuvres en attendant que la cote des artistes monte. Si je vois qu’il tente de vendre une de mes affiches, j’irai en justice », assure-t-il.

« Le fait que l’œuvre ait été installée illégalement ne préjuge pas de la possibilité pour l’artiste d’attaquer en justice. Dans ce cas, je pense qu’il faudrait mettre en avant une atteinte au droit d’auteur, qui est un délit », estime un avocat parisien spécialiste du monde de l’art. « Le propriétaire du mur sur lequel est posée l’affiche pourrait aussi se retourner contre le voleur pour dégradation », avance un autre avocat consulté par 20 Minutes.

« Le street art est fait pour être vu »

Le célèbre street artiste nordiste, Jef Aérosol, n’a pas été épargné par les vols. « Parfois, des personnes nous contactent pour authentifier des pochoirs volés des années auparavant. Nous refusons. Nous sommes aussi parvenus à faire retirer d’une vente aux enchères une œuvre volée dans la rue », se souvient Julie, la collaboratrice de l’artiste.

Pour la mairie de Lille, le sujet est juridiquement compliqué. Pour autant, Martine Aubry trouve la démarche du voleur « dramatique » : « Ce n’est pas respectueux. Le street art est fait pour être vu. Les agents municipaux ont des consignes pour ne pas retirer les œuvres du moment qu’elles ne gênent pas ». Bon, on n’en est pas non plus à essayer de les protéger comme a tenté de le faire, en vain, la ville de Calais avec trois pochoirs de Banksy.