Nord: Qui est Yahia Gouasmi, dont le centre chiite a été fermé par la préfecture ?

PORTRAIT Propriétaire depuis 2005 du centre Zahra à Grande-Synthe, Yahia Gouasmi assume son antisionisme et sa haine du colonialisme…

A Grande-Synthe, Gilles Durand

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Yahia Gouasmi, dans une salle de conférence du centre Zahra, à Grande-Synthe.
Yahia Gouasmi, dans une salle de conférence du centre Zahra, à Grande-Synthe. — G. Durand / 20 Minutes
  • Yahia Gouasmi est le responsable du centre chiite Zahra de Grande -Synthe, lequel a été fermé administrativement par la préfecture.
  • Le 2 octobre, ce lieu de culte nordiste avait été l’objet d’une opération antiterroriste.
  • Né en Algérie, Yahia Gouasmi a rejoint le chiisme dans les années 1970 et se revendique antisioniste.

La grille d’entrée porte encore les stigmates de l’opération policière du 2 octobre. Depuis mercredi, il faudra pourtant que cette grille reste solidement fermée au centre Zahra de Grande-Synthe, dans le Nord. La préfecture a décidé la fermeture administrative de ce lieu de culte qu’elle accuse de « légitimer ouvertement le djihad armé ».

Ici, pas de mosquée, mais de somptueuses salles qui peuvent héberger des conférences ou servir à la prière. Le site est la propriété de Yahia Gouasmi, personnalité bien connue à Grande-Synthe. Ce charismatique sexagénaire, proche du gouvernement iranien, a fondé la Fédération chiite de France et le Parti antisioniste (PAS).

Un côté sectaire ?

Pourtant, dans la cité nordiste, d’aucuns lui reprochent le côté sectaire de son lieu de culte. « On l’appelle le gourou. C’est un petit malin qui embobine », glisse un Grand-Synthois.

« Regardez nos vidéos, nous ne faisons qu’appeler à la fraternité », se défend Yahia Gouasmi. Reste qu’un ancien proche, d’obédience chiite, lui dénie le titre autoproclamé de guide spirituel. « C’est un imposteur. Il n’est investi par aucune autorité religieuse chiite et mélange n’importe comment religion et politique », assure-t-il.

Il est vrai que l’homme est un converti. Né en Algérie en 1949, il a adhéré au chiisme à la fin des années 1970, au moment de la révolution iranienne. « J’ai prié avec l’imam Khomeini à Paris. J’ai compris que tous les musulmans devaient se réunir, avec les juifs et les chrétiens ». L’objectif avoué de Yahia Gouasmi : lutter contre le sionisme, cette idéologie politique qui a accompagné la création de l’État d’Israël.

« Des résistants à l’état colonialiste d’Israël »

Car c’est cet antisionisme viscéral qui lui est, aujourd’hui, reproché par les autorités. « On nous considère comme terroristes car nous soutenons le Hamas et le Hezbollah. Nous estimons être des résistants à l’état colonialiste d’Israël. » Et de comparer sa situation avec celle du Général de Gaulle pendant l’Occupation.

Or, de l’antisionisme à l’antisémitisme, il n’y a parfois qu’un pas, que le responsable de Zahra se défend d’avoir jamais franchi. « Cela n’a rien à voir. De nombreux juifs sont antisionistes », affirme-t-il.

« Peut-être vous serez maudits ? »

Aux élections européennes de 2009, pourtant, Alain Soral et Dieudonné étaient têtes de liste du Parti antisioniste (PAS), fondé par Yahia Gouasmi. « Nous avons pris nos distances avec eux quand ils ont été condamnés pour antisémitisme », assure-t-il. En 2009, Alain Soral et Dieudonné n’avaient, en effet, été condamnés que pour « incitation à la haine raciale », notamment.

« Vous marchez dans une combine qui fait le jeu des sionistes. Réveillez-vous ! Un jour, vous serez béni. Mais peut-être vous serez maudits ? », prévient-il de façon solennelle. Cette haine du sionisme et du colonialisme prend ces racines durant la guerre d’Algérie. « J’ai vu l’armée coloniale française prendre mon frère et le tuer », raconte-t-il. « Pourquoi tous ces morts ? Parce qu’Israël voulait museler les pays arabes », insiste-t-il.

Soupçonné d’être un agent de liaison iranien

Il débarque dans le Nord à l’adolescence. Il ouvre une boucherie, puis d’autres commerces. Dans les années 1980, il est soupçonné d’être un agent de liaison iranien. Son train de vie met la puce à l’oreille des agents de renseignement. « En 1984, il a fait quelques semaines de prison préventive à la suite d’une affaire d’attentat avorté à Londres contre un journaliste iranien. Mais il n’y a jamais eu de preuves contre lui et il n’a jamais été condamné », se souvient un journaliste qui le connaît bien.

Dans les années 1990, il engage des études religieuses au Liban avant de revenir à Grande-Synthe pour y fonder le centre Zahra en 2005, dans un ancien corps de ferme. Dans cette ville du littoral nordiste, près de Dunkerque, tout le monde, ou presque, le connaît. On reconnaît aussi les adeptes du centre à leur belle voiture.

« Question de standing. Il aime le tape-à-l’œil », témoigne un habitant. Il suffit de visiter les bâtiments du lieu de culte - « culturel et scientifique », précise Yahia Gouasmi - pour s’apercevoir du clinquant de son affaire. « Tout a été financé par la sueur du front de tous les croyants », affirme le propriétaire des lieux. Quant à l’Iran, il dément avoir touché le moindre don du pays. Certains anciens proches ont du mal à le croire.

Un patrimoine immobilier conséquent

Toujours est-il qu’aujourd’hui, Yahia Gouasmi se retrouve à la tête d’un patrimoine immobilier conséquent, commerces et logements, réuni sous une SCI baptisée Europe. « Les comptes de Zahra ont été gelés. Ils représentent 19.000 euros. On est loin des fantasmes », nuance-t-il.

Pour l’instant, Yahia Gouasmi se montre serein. Il n’est pas poursuivi par la justice. C’est l’administration qui a prononcé toutes les sanctions à son encontre. « Les policiers qui ont perquisitionné chez moi m’ont fait signer un papier comme quoi il n’avait pas trouvé ce qu’ils venaient chercher », se satisfait-il.

Pour lui, cette opération policière n’est qu'« une manipulation politique » qui vise à montrer que la France mène des actions contre l’Iran. « Il y a de très gros intérêts politico-économiques en jeu, insiste-t-il. Mais, franchement, quel intérêt a la France à faire la guerre au chiisme ? »