Nord: Le centre Zahra fermé par les autorités pour «diffusion de l'islam radical chiite»

SECURITE Les autorités reprochent au centre chiite Zahra fermé administrativement pour six mois de diffuser « des messages légitimant le djihad armé ». Ses dirigeants contestent…

Gilles Durand

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La porte d'entrée du centre Zahra, à Grande -Synthe, dans le Nord.
La porte d'entrée du centre Zahra, à Grande -Synthe, dans le Nord. — G. Durand / 20 Minutes
  • Perquisitionné administrativement il y a quinze jours, le centre Zahra de Grande-Synthe a été fermé pour six mois par décision préfectorale.
  • Yahia Gouasmi, propriétaire du centre Zahra, estime que cette décision de fermeture est « un délit d’opinion ».
  • Ouvert il y a 15 ans, le centre Zahra n’a jamais caché faire l’apologie de l’antisionisme.

« L’objectif est de faire taire ceux qui résistent ». Interrogé par 20 Minutes, Yahia Gouasmi réfute l’accusation de terrorisme. Pourtant, ce mercredi, le préfet du Nord a ordonné la fermeture du centre chiite Zahra, appartenant à Yahia Gouasmi, à Grande-Synthe, près de Dunkerque.

Ce lieu de culte est accusé de contribuer à « la diffusion de l’islam radical chiite à l’échelle européenne », selon un arrêté consulté par l’AFP. « Est prononcée pour une durée de six mois la fermeture du lieu de culte Centre Zahra », peut-on lire dans cet arrêté, daté du 15 octobre et signé par le préfet Michel Lalande.

« Des messages légitimant ouvertement le jihad armé »

Ce dernier considère notamment que « le lieu de culte hébergé dans le centre Zahra diffuse des messages légitimant ouvertement le djihad armé » et qu’il « se livre en permanence à une propagande » incitant « à la haine, à la discrimination et à la violence ».

« Voilà 15 ans que le centre existe et que nous prônons la même position antisioniste. Pourquoi on nous accuse de soutenir le terrorisme, aujourd’hui, et pas il y a 15 ans ? Quelle est cette frontière qui vient de s’abattre ? C’est un délit d’opinion : dénoncer le sionisme n’est pas interdit en France », poursuit Yahia Gouasmi.

« Un état colonialiste et impérialiste qu’il faut combattre »

Il est vrai que le propriétaire du centre Zahra ne s’est jamais caché de considérer Israël comme un « état colonialiste et impérialiste qu’il faut combattre », ni de soutenir le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. En revanche, il réfute tout antisémitisme. « Nous invitons à la réconciliation entre les chrétiens, les juifs et les musulmans », affirme-t-il.

Le 2 octobre, les locaux du centre avaient fait l’objet d’une opération antiterroriste, à l’issue de laquelle trois personnes avaient été placées en garde à vue. Les perquisitions administratives avaient débouché sur la découverte de deux armes à feu détenues illégalement. Les comptes des dirigeants ont, par ailleurs, été gelés.

La porte d'entrée d'un bâtiment du centre Zahra fracturée lors de l'opération antiterroriste du 2 octobre 2018, à Grande-Synthe.
La porte d'entrée d'un bâtiment du centre Zahra fracturée lors de l'opération antiterroriste du 2 octobre 2018, à Grande-Synthe. - G. Durand / 20 Minutes

Dans le centre, les stigmates de cette intervention policière sont encore visibles. Une porte d’entrée a été fracturée à l’explosif et deux portes coulissantes intérieures abattues au bélier. « Il suffisait d’ouvrir les portes en les faisant glisser. Elles n’étaient pas fermées à clés », déplore Abdelkrim Khalid, numéro 2 du centre Zahra.

Détention de deux vieux fusils

Le lendemain de l’opération, le trésorier de l’association, et fils de Yahia Gouasmi, avait été placé en détention provisoire. Son procès doit avoir lieu au tribunal correctionnel, le 24 octobre, pour détention d’armes à feu. Selon nos informations, le parquet antiterroriste n’a pas été saisi à la suite des perquisitions.

« Ce sont deux vieux fusils qui se trouvaient dans un coffre, se défend Yahia Gouasmi. Notre tort est de ne pas les avoir déclarés. Nous avions demandé préalablement à la préfecture l’autorisation de détenir des armes car nous avions subi des menaces de mort. Cela nous avait été refusé. »