Coupable de tromperie sur la virginité

Olivier Aballain - ©2008 20 minutes

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Stupeur. On a appris hier que le tribunal de grande instance de Lille avait annulé un mariage début avril pour « erreur sur les qualités essentielles du conjoint » car l'épouse avait menti sur sa virginité. Alors que sa fiancée lui avait affirmé qu'elle était chaste, l'homme, musulman comme elle, avait découvert le soir de leurs noces, en 2006, qu'elle ne l'était pas. L'information, publiée par Libération après avoir été relevée dans la revue juridique le Recueil Dalloz, a immédiatement suscité un cortège de réactions. Pour le PS, « cette décision est atterrante », et le député (UMP) Jacques Myard a interpellé sur le sujet la ministre de la Justice, Rachida Dati, à l'Assemblée, hier après-midi. Virginie Tchoffo, déléguée aux droits des femmes à la mairie de Lille, a fait part de son « inquiétude pour le sort des jeunes filles qui pourraient être répudiées sur le modèle de ce jugement ».

De fait, la Chancellerie « n'a pas le souvenir » d'une annulation antérieure de mariage pour tromperie sur virginité. « Le sujet n'est pas la virginité, mais le mensonge, qui rompt le contrat entre les conjoints », a corrigé Xavier Labbée, avocat du mari. « Juridiquement, je comprends la décision, a commenté Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille. Mais il n'est écrit nulle part dans le Coran que la mariée doit être vierge. » D'après son défenseur, Patrick Dupont-Thieffry, la jeune mariée, « moderne », n'a « pas vu l'importance que cette « qualité » avait » pour son époux. « Tout cela manque tellement d'amour », regrette l'avocat.