Lille: La ville se fait retirer une grosse verrue architecturale

LOGEMENT Coup d’envoi de l’opération de déconstruction de la « barre Marcel Bertrand » qui devrait se terminer, fin novembre…

Mikael Libert

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La résidence Marcel-Bertrand, dans le quartier de Moulins, à Lille.
La résidence Marcel-Bertrand, dans le quartier de Moulins, à Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • Construite en 1961, la résidence Marcel-Bertrand est en cours de démolition.
  • Les 10.000 tonnes de gravats seront recyclées, notamment en remblai pour les routes.
  • D’anciens habitants ont assisté avec émotion au premier coup de pioche.

Ce lundi a commencé la déconstruction de la résidence Marcel-Bertrand, dans le quartier de Moulins, à Lille. C’est l’aboutissement d’un processus commencé en 2014 dans le cadre de la loi de Programmation pour la Ville et la Cohésion urbaine (ANRU). Quelques dizaines d’anciens habitants ont assisté, avec émotion, aux premiers coups de pioche.

On ne va pas se mentir, la barre Marcel-Bertrand n’avait plus d’autre intérêt que de masquer le bruit du périphérique aux habitants du boulevard de Strasbourg. En plus d’être une agression visuelle, l’ancienne résidence LMH était réputée pour abriter squatters et autres trafiquants de stupéfiants. Le tout agrémenté de l’insécurité qui accompagne habituellement ce genre d’activités. Ça, et le fait que l’imposant bâtiment était largement obsolète, suroccupé et difficile à chauffer, sont autant d’arguments qui ont contribué à signer son arrêt de mort, fin 2013.

« On pouvait jouer dehors sans crainte »

Pour autant, les anciens habitants n’en gardent pas de si mauvais souvenirs. Au contraire. « Je suis née ici, ça fait un peu mal au cœur de la voir détruite », soupire Nathalie qui a habité l’immeuble entre 1974 et 1995. « C’était génial avant, on pouvait jouer dehors sans crainte, on occupait des caves dans lesquelles nous aménagions de petits salons », se souvient-elle.

Déconscruction de la barre Marcel-Bertrand, à Lille.
Déconscruction de la barre Marcel-Bertrand, à Lille. - M.Libert / 20 Minutes

« Quand je suis arrivée en 2004, tout le monde me disait que ça craignait, assure Séverine. Je suis restée sept ans et tout s’est bien passé. Les voisins étaient sympas. Les trafiquants, ils étaient surtout dans les premières entrées », précise l’ancienne locataire. Elle aussi a un petit pincement en voyant les machines attaquer « la barre colorée » : « On garde beaucoup de souvenirs, les enfants ont grandi ici. Ça fait drôle quand même », glisse cette mère de famille qui habite désormais une maison à Roubaix.

Martine Aubry, maire de Lille, reconnaît que les dernières années « ont été difficiles à vivre » pour les habitants. Mais elle rappelle néanmoins qu’en 1961, « cette barre avait été construite pour apporter du confort à ceux qui n’en avaient pas. C’était un gros progrès à l’époque. »

Les 10.000 tonnes de gravats seront recyclées

Notamment pour éviter de perturber la ligne de métro à proximité immédiate du bâtiment, celui-ci ne sera pas détruit à l’explosif. La déconstruction demandera donc davantage de temps, mais permettra par ailleurs de procéder au tri et au recyclage des quelque 10.000 tonnes de gravats engendrés. La ferraille et le béton seront séparés. Ce dernier composant sera concassé et servira, entre autres, à remblayer les caves de Marcel-Bertrand ou à faire des routes.

Déconscruction de la barre Marcel-Bertrand, à Lille.
Déconscruction de la barre Marcel-Bertrand, à Lille. - M.Libert / 20 Minutes

Le terrain, propriété du bailleur social LMH, sera revendu à la ville de Lille pour « un montant qui reste à négocier ». Ce qui sera érigé dessus reste un mystère, mais « 12.000 personnes sont en attente d’un logement à Lille », précisait un élu à 20 Minutes.