Affaire du Grand stade: «Le juge aura le courage de renvoyer les mis en examen devant le tribunal», espère Eric Darques

JUSTICE L’affaire du Grand Stade, sur laquelle planent des soupçons de corruption, a connu un nouveau rebondissement le mois dernier. Peut-être pas le dernier avant le procès…

Propos recueillis par Gilles Durand

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Le Grand Stade de Villeneuve d'Ascq, lors de sa construction.
Le Grand Stade de Villeneuve d'Ascq, lors de sa construction. — M.Libert / 20 Minutes
  • Eric Darques avait porté plainte en 2010 concernant l’attribution du marché du grand Stade à Villeneuve d’Ascq, près de Lille.
  • Le plaignant de l’affaire du Grand stade espère que les mis en examen seront renvoyés devant le tribunal, malgré la demande de non-lieu du procureur de Lille.
  • La prescription avait déjà été évoquée en 2014 pour stopper l’instruction dans cette affaire du Grand Stade.

Y aura-t-il un procès pour l’attribution du Grand Stade à Villeneuve d’Ascq ? Un mois après les réquisitions du parquet de Lille qui réclamait un non-lieu partiel, le juge d’instruction n’a pas encore rendu son ordonnance de renvoi dans cette affaire qui a commencé en décembre 2010, avec un premier dépôt de plainte pour des soupçons de corruption.

Dans ce dossier, six personnes ont été mises en examen, dont le président de la Métropole de Lille (MEL), Damien Castelain. Retour sur un dossier brûlant avec le principal accusateur, Eric Darques.

Cette demande de non-lieu du procureur vous a-t-elle surpris ?

Hélas non. Je m’attendais à un nouveau coup bas. Ma première plainte auprès du procureur date de décembre 2010. Ce dernier l’avait classée sans suite, sans même ouvrir une enquête, alors qu’il était question d’un écart de 108 millions d’euros au frais du contribuable dans la construction du stade.

Que se passe-t-il, dans ce cas ?

J’ai dû redéposer plainte avec constitution de partie civile en mars 2012 pour que l’affaire soit confiée à un juge d’instruction. Dans une affaire d’emploi fictif, dans laquelle Pierre Mauroy avait finalement été condamné pour abus de confiance en 2011 après onze ans de procédure, le procureur avait également requis un non-lieu.

Il est question de prescription. Pourquoi ?

Le procureur fait démarrer un délai de prescription de trois ans à la date du 1er février 2008, lorsque les élus de la Métropole de Lille choisissent Eiffage pour construire le futur stade Pierre-Mauroy. Or, le délai de prescription court à partir du moment où on sait qu’il y a eu infraction. Je ne me souviens pas que la Métropole de Lille ait envoyé un message ce jour-là pour dire qu’elle avait triché dans l’attribution du Grand Stade. On ne l’a su que plusieurs semaines plus tard.

Vous soutenez qu’il y a eu triche ?

Un faux rapport antidaté sur les performances des trois candidats, Eiffage, Vinci et Norpac, a été rédigé. Deux fonctionnaires ont été mis en examen pour ce fait. La brigade criminelle en fait mention dans un rapport. Pourquoi avoir fait un faux si ce n’est pour tricher ? En 2014, une précédente juge chargée du dossier avait déjà tenté, en vain, de faire jouer la prescription pour éteindre l’affaire. Elle avait ensuite obtenu une mutation.

Le procureur estime qu’il n’y a de charges suffisantes pour établir la corruption dans ce dossier. Qu’en pensez-vous ?

Le réquisitoire du procureur va à l’encontre de toutes les preuves qui sont contenus dans le dossier. J’espère que le juge aura le courage de renvoyer les mis en examen devant le tribunal.

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