Nord: Quand l'argent du chômage sert à créer des emplois d'utilité publique

ECONOMIE SOLIDAIRE Depuis un an, le projet « Territoire zéro chômeur » a permis d’embaucher plus de cent personnes dans deux quartiers de la Métropole de Lille…

Gilles Durand

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Un garage solidaire ouvert dans le quartier Triangle Menini, à Tourcoing.
Un garage solidaire ouvert dans le quartier Triangle Menini, à Tourcoing. — La Fabrique de l'Emploi
  • Depuis le lancement du dispositif « Territoire zéro chômeur de longue durée », 106 chômeurs de longue durée ont pu être embauchés à Loos-lez-Lille et Tourcoing.
  • Le principe, c’est de créer des emplois non concurrentiels à partir des envies et des compétences des chômeurs et des besoins dans le quartier.
  • Pour financer ces emplois, les montants des allocations touchées par les demandeurs d’emploi sont transférés vers les salaires.

L’expérimentation semble porter ses fruits. Depuis le lancement du dispositif «Territoire zéro chômeur de longue durée », il y a un an, 106 demandeurs d’emploi ont pu être embauchés dans une structure baptisée La Fabrique de l’Emploi, un nouveau type d’entreprise à but d’emploi (EBE) qui a vu le jour début 2016. Vendredi, elle inaugure, d’ailleurs, de nouveaux locaux à Tourcoing pour y installer uen épicerie solidaire.

« Le gros changement, c’est que, pour embaucher, on ne part pas de l’offre d’emploi mais des envies et des compétences des gens. Ensuite, on voit comment elles peuvent être mises au service de la population dans un quartier », explique Ghislain De Muynck, directeur de La Fabrique de L'emploi.

Deux quartiers à Loos et Tourcoing

En France, dix territoires ont été choisis pour participer à cette expérience. La Métropole de Lille s’est portée candidate avec deux quartiers : les Oliveaux à Loos-lez-Lille et le Triangle Menin à Tourcoing.

Garage et épicerie solidaire, entretien de jardin, rénovations énergétiques, aide à domicile ou encore maraîchage sont autant d’activités non concurrentielles qui ont ainsi été créées. Et pour financer ces emplois, ce sont les montants des allocations touchées par les demandeurs d’emploi qui ont été transférés vers les salaires.

« Un chômeur longue durée coûte environ 18.000 euros de prestations sociales par an à la collectivité, la Fabrique de l’Emploi reçoit cet argent et c’est notre chiffre d’affaires qui finance le reste du poste en CDI », explique Ghislain De Muynck.

Aucun diplôme, ni formation, pas de voiture

Le Lossois Nicolas Devaux fut l’un des premiers à avoir été recruté. « C’est mon conseiller Pôle emploi qui m’a orienté vers ce projet. A 36 ans, je n’avais jamais travaillé. Aucun diplôme, ni formation, pas de voiture. C’était ma dernière chance », raconte-t-il à 20 Minutes.

Les premières réunions servent à réfléchir aux activités qui peuvent être mises en place. Nicolas Devaux crée ainsi son propre poste de communicant au sein de la Fabrique de l’Emploi : « J’explique le projet aux personnes intéressées dans le quartier. On essaie de faire coller les envies personnelles aux besoins collectifs »

A Tourcoing, un garage solidaire pour les personnes aux ressources modestes a ainsi vu le jour, de même qu’une zone de maraîchage urbain à Loos-Oliveaux, par exemple. « On peut faire mieux : 500 personnes sont encore privées d’emplois dans les deux quartiers de Loos et Tourcoing », glisse Ghislain De Muynck. L’objectif est d’arriver à 300 embauches dans les cinq ans.