Hauts-de-France: Pourquoi la transition numérique inquiète 40 % des Nordistes?

SOCIAL L’illettrisme numérique, baptisé illectronisme, touche plus de personne qu’on ne le croit…

Gilles Durand

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Lille, le 18 fevrier 2015. Emmaus Connect a ouvert un point d'accueil Connexions solidaires dans le quartier de Waezmmes.
Lille, le 18 fevrier 2015. Emmaus Connect a ouvert un point d'accueil Connexions solidaires dans le quartier de Waezmmes. — M.Libert/20 Minutes
  • La numérisation des services administratifs pose des problèmes pour les personnes peu à l’aise avec internet.
  • Dans les Hauts-de-France, il existe environ 800 dispositifs de lutte contre la fracture numérique.
  • L’association Emmaüs Connect estime qu’il n’y a pas assez de dispositifs pour aider les personnes en difficulté.

On appelle illectronisme l’incapacité à s’adapter à la transition numérique. Une journée de lutte contre ce phénomène était organisée, mardi, à Loos-lez-Lille, dans le Nord, devant 300 personnes. L’occasion de présenter la stratégie mise en place pour éviter la fracture numérique dans les Hauts-de-France.

« Difficile de savoir si la région est plus touchée que les autres, mais on estime que 14 millions de Français sont plus ou moins en difficulté », souligne André Bouvet, directeur régional Jeunesse et Sports et Cohésion sociale (DRJSCS). Et le basculement rapide des administrations dan la numérisation semble inquiéter au-delà de la compétence à utiliser les outils numériques.

« On a sous-estimé l’inquiétude »

Une enquête d’étudiants de l’université de Lille montre ainsi qu’environ 40 % des Nordistes sont inquiets de la numérisation des services publics. « Cette inquiétude est plus large que la simple maîtrise de l’outil et on l’a sous-estimée », indique Jean Deydier, directeur d’Emmaüs Connect, une association qui aide à s’adapter à internet.

Ce dernier reconnaît un dispositif insuffisant, notamment sur le manque de personnes pour aider. « Le monde social n’est pas prêt. Il a la culture du face-à-face et des rapports humains. Un nouveau réseau de médiation numérique à créer avec de nouveaux métiers pour recréer de la proximité. »

Environ 800 dispositifs de lutte contre l’illectronisme

C’est le cas, par exemple, à Boulogne-sur-Mer, avec le C’Napse, un lieu d’accueil pour apprendre à se servir des outils numériques. Dans le Nord, l’association d’aide aux handicapés UDAPEI travaille sur une simplification du langage numérique.

Dans les Hauts-de-France, 800 dispositifs de lutte contre l’illectronisme ont ainsi été répertoriés, de l’initiative d’une commune pour mettre internet à disposition jusqu’aux dispositifs d’aide et de formation. Une cartographie de ces dispositifs vient d’être mise en ligne. Elle a vocation à être mise à jour régulièrement.

Car le numérique apporte aussi de nouveaux services. Dans l’Aisne, ce sont les services publics qui se déplacent dans les villages avec des guichets ambulants, grâce au réseau numérique. A Amiens, on expérimente le principe des coffres-forts numérisés. Les SDF peuvent enregistrer leurs papiers en ligne et les activer quand ils en ont besoin, sans risque de les perdre.

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