Lille inaugure deux logements HLM pour mieux intégrer les handicapés psychiques

HABITAT La ville de Lille inaugure ses premiers appartements partagés en HLM pour handicapés psychiques…

Amélie Allegret

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Patrice et ses colocataires viennent d'emménager dans leur nouvel appartement partagé, à Lille.
Patrice et ses colocataires viennent d'emménager dans leur nouvel appartement partagé, à Lille. — G. Durand / 20 Minutes
  • L’association GAPAS accompagne des handicapés psychiques dans leur quête d’autonomie en habitation partagée.
  • Les deux premiers appartements lillois sont occupés depuis la fin du mois de mai.
  • L’installation de ces personnes en situation de handicap est expérimentée depuis cinq ans à Roubaix.

Les personnes handicapées vont pouvoir partager leur logement. L’association GAPAS , en partenariat avec la ville de Lille, inaugure, ce mercredi, les deux premiers appartements partagés en HLM dans le quartier Vauban. Ils seront occupés par des personnes en situation de handicap psychique.

Le projet pilote du GAPAS remonte à 2013. L’asso avait choisi Roubaix pour mettre en place, trois collocations de trois personnes psychiquement déficientes. 20 Minutes est allé à la rencontre des premiers locataires qui viennent d’emménager, fin mai, dans leur nouveau logement. Certains étaient encore dans les cartons.

« La solitude est difficile à vivre »

« La solitude est compliquée à vivre dans notre quotidien social et médical », raconte Aurélien, qui a troqué son ancien foyer pour une de ces collocations. « L’habitat partagé permet d’être plus entouré et offre la possibilité de sortir », explique Manu, auparavant seul dans un appartement.

L’avantage de ces habitats partagés est d’offrir davantage d’autonomie que les foyers. « L’objectif est de laisser les personnes en situation de handicap vivre normalement, avec le moins d’accompagnement possible », détaille Mathieu, éducateur. Ainsi, contrairement au foyer, les accompagnateurs ne sont présents qu’une partie de la journée, quelques heures le matin et le soir.

Aurélien et Manu commencent à s'installer dans le quotidien de leur habitat partagé.
Aurélien et Manu commencent à s'installer dans le quotidien de leur habitat partagé. - G. Durand / 20 Minutes

Les colocataires doivent se débrouiller pour cuisiner, nettoyer et s’apporter une aide mutuelle en cas de soucis. « On a davantage de liberté dans ce type de logement, on choisit ce qu’on mange, les activités qu’on veut faire, la façon dont on veut vivre notre vie », renchérit Aurélien, dont l’un des colocataires est un ancien restaurateur. « Il cuisine merveilleusement bien », dit-il, approuvé avec enthousiasme par Patrice et Manu.

Intégration à la société

« L’autre avantage de ce type d’habitat est qu’il permet aux personnes handicapées de s’intégrer plus facilement à la société car les appartements sont situés dans une résidence regroupant tout type de personnes et pas seulement ceux qui ont des handicaps », explique Cécile, membre du GAPAS.

Cette situation plaît à Aurélien. Elle le pousse à aller à l’extérieur, à faire du bénévolat. Cependant, il a peur d’être montré du doigt. « J’ai beaucoup souffert de la stigmatisation. Si vous êtes handicapés psychiques, on dit que vous êtes dangereux ».

« Un enjeu local, sociale et politique »

D’autres craintes sont présentes. « Lorsque je suis arrivé, j’avais peur d’être en difficulté », se souvient Didier. Aurélien avait, quant à lui, un regard critique sur les logements de Roubaix. « Au début, on trouvait ça un peu dur de les laisser seuls ».

Pour l’instant, seulement deux appartements pour deux ou trois personnes sont disponibles. Le GAPAS espère récupérer d’autres logements pour mettre en place son programme d’insertion.

Car ce type de logement est très convoité. « Une vingtaine de personnes pourrait potentiellement s’installer en collocation, explique Cécile. Ce projet n’est pas seulement d’ampleur locale, il répond aussi à des enjeux sociaux et politiques. »