Lille: Le coup de gueule de l'Académie de médecine sur la surmortalité des Nordistes

SANTE Les membres de l'Académie de médecine s'inquiètent de la surmortalité des habitants de la région Hauts-de-France par rapport au reste de la France...

Gilles Durand

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 Illustration d'un cimetière.
Illustration d'un cimetière. — G.Durand/20 Minutes
  • Les membres de l’Académie nationale de médecine sont en visite à Lille pour deux jours.
  • L’Académie de médecine dénonce l’inaction des pouvoirs publics sur le mauvais état de la santé publique dans les Hauts-de-France.
  • L’espérance de vie dans la région est en retard de 15 ans par rapport au reste de la France.

« Rien ne destine les Nordistes à mourir plus tôt que le reste de la France. » L’Académie de médecine a poussé un coup de gueule, lundi, lors d’une conférence de presse consacré à une visite de deux jours à Lille. Ses membres en ont profité pour alerter les pouvoirs publics sur la situation sanitaire de la région qu’ils jugent « très préoccupante ». Ils dénoncent aussi l’inaction.

« On se lève tôt et on meurt tôt. Lorsqu’on analyse l’espérance de vie dans cette région, elle est comparable à celle de la France en 2003, ce qui signifie qu’elle a 15 ans de retard. Et, en plus, l’écart se creuse chez les hommes », dénonce Gérard Dubois, chef de service à l’hôpital d’Amiens.

Au moins 30 à 50 ans pour rattraper le retard

Selon lui, il faudra au moins 30 à 50 ans pour rattraper ce retard, « à condition qu’il y ait une volonté des pouvoirs publics ». Or les réseaux d’éducation pour la santé ont disparu dans le Nord et ils vivotent dans le Pas-de-Calais. « Nous ne sommes pas du tout sur la bonne route », dénonce l’Académie.

La densité médicale, par exemple, est la plus faible de France avec 237 médecins contre 284 pour 100.000 habitants. La surmortalité liée aux cancers est supérieure de 18 % à la moyenne nationale. « Cette situation s’explique dans 80 % des cas par les conditions de vie », indique l’Académie, qui estime que 4 cancers sur 10 sont évitables.

Investir avec des fonds privés

Les solutions ? « Il faut investir intensément en faisant appel aux fonds privés et surtout évaluer les résultats, comme le fait l’Organisation mondiale de la santé avec ses programmes », note Gérard Dubois. De son côté, Philippe Amouyel, chef de service au CHRU de Lille, compte beaucoup sur le développement de la télémédecine pour améliorer les soins.

En attendant, tous les indicateurs de santé publique restent dans le rouge, « à tel point qu’on est obligé d’inventer une couleur spéciale pour les Hauts-de-France dans les cartographies sanitaires », glisse l’Académie.