Stéphanie Gibaud, devant le tribunal de commerce de Paris, en 2015.
Stéphanie Gibaud, devant le tribunal de commerce de Paris, en 2015. — N. MESSYASZ / SIPA

INTERVIEW

VIDEO. « Il y a les paroles, mais où sont les actes ? », dénonce Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte

La Nordiste Stéphanie Gibaud, qui avait dénoncé les agissements de la banque UBS en 2008, attend le prochain projet de directive européenne sur les lanceurs d’alerte…

  • Il y a dix ans, la Nordiste Stéphanie Gibaud était devenue lanceuse d’alerte en dénonçant les agissements de son employeur, la banque UBS.
  • Dans un livre, paru en octobre 2017, elle revenait sur la situation difficile que vivaient les lanceurs d’alerte.
  • La commission européenne doit proposer prochainement un projet de directive pour les protéger.

Julian Assange, Edward Snowden, Antoine Deltour… La liste est longue des lanceurs d'alerte qui sont inquiétés par la justice. Alors que la Commission européenne doit plancher, ces jours-ci, sur une directive pour mieux protéger ces lanceurs d’alerte en Europe, 20 Minutes a interrogé la Nordiste Stéphanie Gibaud sur le sujet. Auteure d’un livre La traque des lanceurs d’alerte, sorti en octobre 2017, elle a elle-même dénoncé l'affaire UBS dont un procès doit se tenir en octobre à Paris.

Qu’attendez-vous de cette directive ?

Il est temps car pour l’instant, en France, le gouvernement semble plus préoccupé à protéger les secrets des affaires que les lanceurs d’alerte. Cette loi, qu’Emmanuel Macron soutient, sera une façon de censurer la liberté d’expression car les journalistes vont avoir peur des conséquences juridiques. Dans l’affaire Luxleaks, un journaliste s’est déjà plaint du viol du secret des sources.

Vous parlez beaucoup d’éthique…

Il y a les paroles, mais où sont les actes ? On se dit que dans un pays comme le nôtre où il y a le plus de lois et de règlements, l’éthique est protégée. Or on voit des laboratoires pharmaceutiques fabriquer des médicaments dangereux pour la santé, des entreprises agroalimentaires empoisonner les consommateurs, des banques faciliter l’évasion fiscale… Où est l’éthique ?

En France, il existe la loi Sapin qui évoque la protection des lanceurs d’alerte…

Ce n’est pas suffisant. Les lanceurs d’alerte sont licenciés, ruinés et abandonnés de tous. Ils se retrouvent devant la justice avant ceux qui fraudent. J’ai récemment été auditionnée sur le sujet par l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. J’ai évoqué l’affaire récente d’un chauffeur qui accuse Arcelor Mittal d’avoir déversé des produits toxiques dans la nature en Moselle. C’est le chauffeur qui est traîné en diffamation et personne ne bouge.

Dans votre livre, vous racontez l’expérience de plusieurs lanceurs d’alerte…

J’évoque une cinquantaine de personnes, dans toute l’Europe, qui ont tout perdu pour avoir dit la vérité. Des experts de l’ONU ont estimé par exemple que Julian Assange, par exemple, était traité de manière arbitraire. Même les avis de l’ONU ne sont pas écoutés. La démocratie a été prise en otage.

Existe-t-il des solutions ?

Les lanceurs d’alerte sont simplement des témoins, des victimes et des plaignants. On ne revendique rien d’autre. Nous sommes le nombre. Toute solution ne viendra que de la mobilisation citoyenne. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, on parvient à savoir ce qui se passe et à se rassembler. Par exemple, une plateforme de lanceurs d’alerte s’est créée en Afrique.

Il reste de l’espoir…

Je viens d’être nommée membre du jury pour un Award à remettre, à Strasbourg, en mai, à un lanceur d’alerte ou un journaliste qui s’est montré pro-actif pour défendre le droit à l’information. Cette récompense a été fondée par des parlementaires européens – il n’y a pas de Français — en l’honneur de la mémoire et du travail de la journaliste Daphné Carouana, tuée il y a six mois à Malte, alors qu’elle enquêtait sur la corruption des élites. Ce genre d’initiative éveille les consciences.

Comment vivez-vous ?

Aujourd’hui, j’ai des problèmes de sécurité. Parfois, mon téléphone portable tombe en panne mystérieusement. J’ai touché mon dernier salaire en février 2012. Depuis, mon patrimoine y est passé. J’essaie de me réinventer. En début d’année, j’ai créé une société, Eticare, qui me permet de donner des conférences dans des entreprises solidaires.

>> A lire aussi : La justice donne raison à la salariée qui avait défié la banque UBS

>> A lire aussi : Succès de la pétition européenne d'Elise Lucet contre la directive «secret des affaires»