Lille: Faut-il changer le nom de la rue Faidherbe ?

HISTOIRE Plusieurs collectifs et associations s’interrogent sur le bien-fondé de laisser des rues et des statues au nom de ce symbole du passé colonial français…

Mikael Libert

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La rue Faidherbe, dans le centre-ville de Lille.
La rue Faidherbe, dans le centre-ville de Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Mais qui était donc Faidherbe. En France, et surtout dans les Hauts-de-France, de nombreux boulevards, rues, ou avenues portent le nom de cet ancien militaire, né dans le Nord, qui a même des statues à son effigie, notamment à Lille. Pour plusieurs collectifs et associations, le bicentenaire de la naissance du général Louis Faidherbe est l’occasion d’ouvrir le débat sur ce personnage, figure du passé colonial français.

Inutile de nier, la plupart des gens ignorent parfaitement qui était Louis Faidherbe, et peu importe que l’on emprunte souvent la rue qui porte son nom en plein centre-ville de Lille. Inutile aussi de chercher des explications sur les plaques de rue ou sur la statue de ce général, place Richebé, il n’y en a pas. C’est bel et bien cette ignorance collective qui pose problème à Thomas Deltombe, l’un des coordinateurs de la campagne «  Faidherbe doit tomber » et membre de l’ association Survie.

« Il a participé lui-même a des massacres »

« Comment se fait-il que l’on célèbre quelqu’un dont on ne sait rien ? », s’étonne cet ancien journaliste et éditeur, qui planche sur la question du colonialisme depuis une quinzaine d’années. Car oui, au milieu du XIXe siècle, Louis Faidherbe était une des figures de la France des colonies. « Au Sénégal, dont il a été administrateur de la colonie, il a participé lui-même a des massacres », poursuit Thomas Deltombe.

Pour les associations à l’origine de cette initiative, « qui veut encore célébrer le père de l’impérialisme français ? » est une question qui doit se poser aujourd’hui. « Un courant de la population pense encore que le colonialisme a apporté de bonnes choses. Nous pensons le contraire », poursuit le coordinateur de la campagne.

Fabienne, 45 ans, travaille dans une boutique de la rue Faidherbe : « Je ne savais pas qui il était, mais je pense que l’on ne peut pas supprimer le passé. Simplement, dans ce cas, il faut expliquer qui était Faidherbe et ce qu’il a fait ».

« Inverser les symboles »

Mais l’explication de texte n’est pas la piste privilégiée par « Faidherbe doit tomber ». « On pourrait débaptiser le lycée ou les rues Faidherbe et leur donner des noms de figures de l’anti colonialisme avance Thomas Deltombe. Pour les statues, on pourrait renverser le symbole et mettre à l’honneur des résistants sénégalais ».

Parce que des rues qui changent de nom, ça arrive. Pas plus tard qu’en décembre dernier lorsque la rue de Paris est devenue rue Pierre-Mauroy. « Il faut qu’il y ait une volonté politique mais le cas de Faidherbe est une question qui gène », regrette Thomas Deltombe. « Et pourquoi ne pas l’appeler simplement rue de la Gare », s’interroge Célia, lycéenne. Oui, pourquoi pas ?

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Une soirée pour débattre

Mardi 10 avril, un grand débat est organisé autour de cette question à la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités (MRES), à Lille.

D’autres événements sont par ailleurs prévus jusqu’à la date anniversaire de la naissance de Louis Faidherbe, en juin. Le calendrier sera dévoilé à l’issue du débat de mardi.