Nord: « Notre vie ne sera plus jamais la même », témoigne l’épouse d’une victime d’agression

INTERVIEW En mai 2015, son époux a été victime d’une agression qui l’a laissé handicapé. Une femme témoigne à « 20 Minutes » de sa difficulté pour s’en sortir depuis…

Propos recueillis par Gilles Durand

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Fabien, victime d'une agression en 2015et laissé pour mort, en compagnie de sa femme.
Fabien, victime d'une agression en 2015et laissé pour mort, en compagnie de sa femme. — G. Durand / 20 Minutes
  • En mai 2015, Fabien L. était victime d’une agression qualifiée de tentative de meurtre par le juge d’instruction chargé de l’enquête.
  • Depuis, sa femme se bat pour que son époux, lourdement handicapé, retrouve l’usage de la marche et de la parole.
  • Elle déplore le manque d’aide dans de genre de circonstances.

En mai 2015, son mari était victime de violences et laissé pour mort par ses agresseurs, à Phalempin, dans le Nord. Près de trois ans après les faits, Cathy L. s’apprête à participer avec lui à une reconstitution judiciaire, ces prochains jours. Elle a accepté de se confier à 20 Minutes pour expliquer le calvaire qu’elle vit depuis le drame.

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Comment vit-on une telle épreuve ?

On ne vit pas, on survit. J’en veux à la terre entière. Quel combat ! Avec mon mari, nous avons vécu vingt ans ensemble avant l’accident. Je commence à le retrouver, mais notre vie ne sera plus jamais la même. Tout a basculé en une nuit. Je n’arrête pas de me poser cette question qui me hante : pourquoi cette violence, pourquoi cet acharnement ? C’est de la barbarie. Ils ont regardé trop de jeux vidéo.

Pouvez-vous nous raconter les premières heures ?

Ce matin-là, je me suis levée à 7h. Mon mari avait l’habitude d’aller courir très tôt et de partir travailler ensuite. Avec mes enfants, on s’est rendu compte qu’il s’était passé quelque chose car les chiens n’étaient pas là. Je l’ai cherché dans tout le secteur. Quand je suis rentrée, vers 11h, six gendarmes m’attendaient devant la maison. J’ai pensé qu’il était mort. Ils m’ont dit qu’il était entre la vie et la mort, à l’hôpital de Lille.

Les premiers jours ont dû être très difficiles…

Quand je l’ai vu sur son lit, il était momifié, défiguré. C’était terrible. En plus, dix jours plus tard, on vous dit qu’il va mieux mais qu’il a attrapé un champignon rarissime à cause des brûlures et des pesticides dans les champs. Ils finissent par trouver un produit, mais qui attaque les reins. Les mauvaises et les bonnes nouvelles s’entremêlent. Il est resté dans le coma pendant quatre mois.

Votre vie quotidienne a été bouleversée…

J’ai dû arrêter mon boulot de vendeuse en boulangerie pour m’occuper de lui. Il a quitté l’hôpital de jour en juillet 2017 après deux ans de rééducation. Il a fallu qu’on s’organise. Notre maison n’était pas adaptée et il n’y avait pas grand monde pour nous aider. Même la mairie ne nous a jamais envoyé le moindre courrier.

Et aujourd’hui ?

Avec les traumatismes crâniens qu’il a subis, les médecins étaient très pessimistes. Or, il arrive à remarcher dans la maison. Il commence à s’exprimer. C’est dur mais c’est ma fierté. Pour montrer aux agresseurs qu’ils ne l’ont pas eu.

Comment avez-vous vécu l’enquête ?

Au début, ça a été difficile car les enquêteurs me soupçonnaient. J’avais l’impression qu’ils ne me croyaient pas quand je leur disais quelque chose. C’est au mois de novembre, six mois après, qu’on a appris qu’ils étaient sur une piste. Un matin, on a entendu beaucoup de remue-ménage dans le quartier. On a compris que c’était l’arrestation.

Connaissiez-vous les suspects ?

Mon fils et ma fille les connaissaient, mais pas nous. On savait qu’il y avait un trafic de drogue dans ce coin-là, mais on ne s’en occupait pas. J’en veux aux parents de ces jeunes-là. Qu’est-ce qu’ils faisaient tous les soirs dehors, à cette heure-là ? On peut agir en tant que parents.

Attendez-vous le procès pour comprendre ?

Est-ce qu’il y a quelque chose à comprendre dans cette méchanceté ? J’attends le procès car j’ai envie que la page se tourne. Pour passer à autre chose. Il faut qu’ils soient punis car ils ont tout détruit. Eux sont enfermés mais n’ont pas à se reconstruire. Nous, si. Mon mari est comme un enfant. Il doit tout réapprendre. Mais eux aussi doivent se faire soigner, car ils sont malades.