Lille: «Le Front national a besoin d’un dialogue direct avec la base», selon Eric Dillies, élu (FN) lillois

POLITIQUE L’élu lillois du FN, Eric Dillies, n’attend rien du congrès de son parti, qui se tient samedi et dimanche, à Lille…

Propos recueillis par Gilles Durand

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Eric Dillies.
Eric Dillies. — M.Libert / 20 Minutes
  • Eric Dillies est conseiller municipal Front national, à Lille.
  • Il a tenté, en vain, de se présenter comme candidat à la présidence du FN.
  • Il dénonce l’absence de volonté de refondation de son parti.

En octobre, Eric Dillies avait tenté, en vain, de se porter candidat à la présidence du Front national (FN). Alors que le congrès du FN se tient, samedi et dimanche, sur ses terres, 20 Minutes a demandé au conseiller municipal de Lille son avis sur la refondation de son parti.

Sentez-vous un engouement des militants pour ce congrès ?

Non. Le fait que la direction du FN ait refusé le débat ne favorise pas l’enthousiasme. Ce parti a besoin d’un dialogue direct avec la base. Or, il n’y en a aucun, on assiste simplement à un monologue qui vient d’en haut. J’ai regardé les nouveaux statuts. Ils ne font que renforcer la centralisation du pouvoir.

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Que reprochez-vous aux dirigeants ?

Essentiellement d’appliquer en interne des méthodes que nous dénonçons au niveau des institutions. Par exemple, notre parti réclame la proportionnelle lors des élections, mais les statuts ne prévoient pas d’instaurer cette proportionnelle au sein des instances dirigeantes. Idem pour le référendum. Nous sommes pour, mais en interne, on empêche de le mettre en place.

Cette centralisation du pouvoir a toujours existé au FN…

Sauf que nous sommes dans une situation exceptionnelle. Depuis 2010, on voit les pays européens s’orienter vers la droite nationale. En France, nous sommes passés à côté, enfermés dans une stratégie qui n’était pas la bonne. Se focaliser sur la question de l’euro était suicidaire. Or, c’était la stratégie d’en haut.

En tout cas, celle de Florian Philippot…

Il a fait le choix de la stratégie et on s’est débrouillé pour le laisser partir. Il aurait pu se présenter à la présidence et s’expliquer lors de ce congrès lillois. Marion* aurait pu aussi se présenter. J’ai l’impression que le parti a fait sienne la phrase du prince Salina dans le film Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Qu’attendez-vous du congrès ?

La messe est dite. Le mistigri de la refondation tombe à l’eau. Il n’y a pas d’enjeu. On va réélire la présidente et on sait qu’on va changer de nom.

Vous connaissez le nouveau nom ?

Je sais qu’on veut se débarrasser du mot « Front ». Je ne comprends pas en quoi ce mot fait peur. Au contraire, faire front quand il y a un danger, c’est normal. Il y a bien le front républicain. Le problème vient du mot nation. Les peuples européens veulent de l’Europe. La France et l’Europe ont besoin d’un front commun.

Vous êtes un peu chez vous à Lille. Vous allez prendre la parole lors de ce congrès ?

On ne me l’a pas demandé. C’était pourtant le cas, la dernière fois qu’il y a eu une grande réunion nationale du FN à Lille. En 2015 aussi, lors de la campagne des régionales.

Vous envisagez de quitter le FN ?

Je regarde ce qu’il devient. Les idées qui ont structuré le FN dépassent les personnes qui les portent.

* Marion Maréchal-Le Pen, ancienne députée FN qui a quitté le parti après les élections présidentielles.