VIDEO. Lille: «Le mal, conception diffuse, avait en réalité un visage humain»

INTERVIEW Maître Antoine Chaudey, avocat au barreau de Lille, a remporté le concours de plaidoiries du Mémorial de Caen…

Mikael Libert

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L'avocat Lillois maître Antoine Chaudey.
L'avocat Lillois maître Antoine Chaudey. — D.Commenchal / Le Mémorial de Caen

Les droits de l’homme par des hommes de droit. Dimanche, le Mémorial de Caen organisait la finale de son 29e concours de plaidoiries sur le thème des droits de l’homme. Le premier prix a été remporté par maître Antoine Chaudey, avocat au barreau de Lille, qui a livré un plaidoyer intitulé « Deux ans sous état d’urgence ». Partant du cas d’un homme ayant violé les obligations de son assignation à résidence, maître Chaudey s’est interrogé sur les dérives liberticides de l’état d’urgence.

Âgé de 29 ans, Antoine Chaudey a décroché son diplôme d’avocat en 2015 après des études à l’université de Lille 2. Il travaille actuellement en tant que collaborateur libéral au cabinet de maître Brochen, à Roubaix.

Parmi toutes les affaires que vous avez traitées, pourquoi avoir choisi celle-là ?

J’avais juste assuré la garde à vue de ce fameux Maxime, accusé d’avoir manqué aux obligations de son assignation à résidence. Une assignation à résidence qui durait depuis six mois et qui avait été décidée sur la base de soupçons peu étayés d’appartenance à la mouvance islamiste. J’ai appris ensuite qu’il avait été condamné en comparution immédiate à plusieurs mois de prison ferme.

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Ça m’a choqué, je trouvais ça injuste et pas adapté. Ça m’a amené à réfléchir sur la législation relative à l’état d’urgence. Je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreux risques d’abus sur nos libertés fondamentales. Le concours du Mémorial me permettait, à mon niveau, de contribuer à l’éveil des consciences.

Comment en êtes-vous arrivé à embrasser la profession d’avocat ?

Je voulais être professeur de français. J’ai commencé les études de littérature mais ça ne m’a pas plu. J’ai donc intégré le Droit, qui est un cursus relativement généraliste et qui m’ouvrait un certain nombre de portes. En troisième année, je me suis finalement dit qu’avocat, ça pourrait être bien.

C’est un métier intéressant, et pluridisciplinaire qui nous permet de porter la voix des gens. La procédure judiciaire est quelque chose de violent, de compliqué. J’aime l’idée de contribuer à faire que ces choses-là se passent dignement.

Quelle est la cause avec un grand « C » qui fait que vous vous levez le matin ?

Il y a l’état d’urgence, et je ne suis pas non plus indifférent au droit des femmes ou à la cause des migrants. Mais c’est la question de la pauvreté, économique et sociale, qui m’intéresse depuis longtemps. Je commence à peu près à en identifier les causes, mais je n’ai toujours aucune piste pour remédier à certains problèmes.

J’aimerais aussi rencontrer des collégiens dans les quartiers populaires. Pour leur parler du langage. C’est important de savoir s’exprimer pour pouvoir s’insérer socialement de manière générale.

C’est pour cette raison que vous avez choisi de travailler à Roubaix ?

Roubaix s’est présentée, mais j’aurais pu exercer ailleurs. Je voulais être avocat généraliste, de proximité, intervenir dans des dossiers d’aide juridictionnelle. Prêter mon concours aux personnes qui en ont le plus besoin. Mais je n’ai pas la prétention de régler quoi que ce soit. Je reste dans ma mission d’assistance mais ça me semblait important de faire cela auprès de personnes plus en difficulté du fait de conditions sociales difficiles.