Lille: « Le discours de Martin Luther King m’a profondément marqué quand j’étais petit », avoue Jules-Edouard Moustic

INTERVIEW Le présentateur de Groland, Jules-Edouard Moustic, est, cette saison, artiste associé de la salle de concert lilloise, L'Aéronef. Rencontre...

Propos recueillis par Gilles Durand

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Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic.
Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic. — Patxi Laskarai
  • Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic, est artiste associé de L’Aéronef, une salle de concert de Lille.
  • Chaque mois, il programme une soirée carte blanche avec des artistes originaux.
  • Il raconte sa passion pour la musique afro-américaine et pour Martin Luther King.

Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic, a eu une vie artistique avant Groland. Le présentateur de l’émission satirique de Canal + a travaillé à la radio et même crée sa propre station  I Have A Dream. Une fois par mois*, il vient partager sa passion de la musique à L’Aéronef de Lille, en tant qu’artiste associé.

Comment avez-vous rencontré l’équipe de L’Aéronef ?

Par l’intermédiaire du photographe Richard Bellia qui était lui-même associé au lieu, l’an dernier. Il m’a fait rencontrer l’équipe à Lille en juin, l’an dernier. On avait les mêmes idées sur le rapport à la culture, à l’art et à la musique.

C’est quoi le rôle d’un artiste associé ?

C’est un peu le rôle du prince. Je propose des artistes : photographes, écrivains, documentaristes, musiciens… Et ils sont programmés. Le 9 février par exemple, j’ai invité Chlorine free. Je les ai découverts grâce à un jeune homme qui s’occupait des micros HF sur le plateau de Canal +. Il m’entendait parler de musique. Un jour, il m’a offert le CD de son groupe. Quand j’ai écouté, j’ai trouvé ça super.

Et de temps en temps, vous jouez les DJ…

Mais pas comme les vrais DJ. Ça va m’arriver de faire un mix de jazz pour boire l’apéro. Avant, on organisait tous les ans un bal 2 vieux à Guéthary, dans le Pays basque, avec DJ Jambon, c’est-à-dire Laurent Garnier et Emile Omar de Radio Nova. Moi c’était DJ Moustic. On passait de la musique qu’on aime, surtout de la musique afro-américaine, Mais comme tous les genres musicaux viennent de là…

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C’est vrai qu’on connaît peu votre précédente vie artistique…

Je suis passionné de musique. J’ai organisé le festival Black & Basque pendant quatre ans. J’ai créé ma propre radio I Have A Dream sur le Web parce qu’en France, c’est très difficile de pouvoir émettre sur les ondes.

Elle ressemble à quoi, cette radio ?

A Radio France en grêve. Du rap ou de la soul japonais, mais aussi du son brésilien maghrébin, danois, chinois vient se balader là-dedans. J’ai découvert récemment un Ethiopien extraordinaire qui vit entre Addis-Abeba et New-York et qui fait de l’électro. C’est aussi ce genre de musique que je vais passer lors des soirées DJ. On ouvre des portes. Ça change de l’anglais.

Comment est venue cette passion des musiques exotiques ?

J’achetais beaucoup de disques afro-américains quand j’étais petit. J’ai été marqué par tout ce qui se passait aux Etats-Unis. J’étais révolté par l’apartheid. Pourquoi les noirs n’avaient le droit de s’asseoir à côté des blancs ? Le discours de Martin Luther King m’a profondément marqué d’où le titre, I Have A Dream, de ma radio. Lui, je comprenais pourquoi il râlait. En revanche, j’avais plus de mal avec Fidel Castro, ce mec qui était toujours habillé en militaire.

Vous avez une chanson fétiche ?

A chance is gonna come. Le symbole de la révolte noire aux Etats-Unis.

Le 23 mars, vous avez prévu une soirée très spéciale à L’Aéronef…

Sylvain Gire, le patron d’Arte radio, va nous proposer des séances d’écoutes de documentaires sonores. C’est génial qu’on puisse faire ça dans une salle de spectacle. Lui, c’est un génie. Il peut passer des jours à mixer un documentaire. J’ai le souvenir d’un reportage sur un surfeur aveugle où on entend le bruit des vagues qui changent quand il est sur son surf ou non. Ou encore l’histoire d’une bourgeoise de grande famille qui a vécu une histoire d’amour contrariée avec un ouvrier. Leurs deux témoignages mélangés, c'est superbe. Je me souviens aussi de deux filles qui s’amusaient à mettre les messages de leur mère bout à bout. Ce sont de vrais voyages sonores.

Comment avez-vous démarré à la radio ?

En 1974, grâce à un hasard de la vie. Je vendais de la hi-fi et j’étais allé dépanner quelqu’un qui était en fait un animateur sur RTL. Il s’appelait Jean-Pierre Imbach. Moi, je rêvais de faire de la radio. Il m’a invité à RTL et a donné mon CV au directeur technique de la station. Deux ans et demi après, je recevais un coup de fil. « Ça vous dit d’être assistant sur l’émission de Michel Drucker ? » Ça a commencé comme ça.

Drucker est donc votre mentor…

J’en ai eu d’autres et puis j’étais plus souvent avec les techniciens qu’avec lui. Mais c’est vrai qu’avant de partir pour Radio Andorre, j’ai demandé un conseil à Drucker. Il m’a dit : « Paye tes impôts. » Je pensais qu’il se foutait de ma gueule, mais j’ai compris plus tard. Tous les mecs qui tombent, en fait, c’est vrai que c’est souvent à cause de ça.

* Vendredi 9 février, à 20 h 30: Chlorine free (jazz funk) + Alfa Mist (jazz hip hop) + Moustic DJ set (groove soul)
Vendredi 23 mars, à 20h 30: Apéro d'écoute d'Arte radio + Moustic DJ set