Lille: Prison ferme pour les policiers accusés de voler des roses

JUSTICE Deux policiers de la police aux frontières (PAF) ont été condamnés à de la prison ferme pour avoir racketté des vendeurs de roses ambulants…

Gilles Durand

— 

Les policiers sont accusés de racket sur des vendeurs de roses (illustration).
Les policiers sont accusés de racket sur des vendeurs de roses (illustration). — CHINE NOUVELLE/SIPA

Ils étaient accusés de rackets envers des vendeurs ambulants de roses. Deux policiers de la police aux frontières (PAF) ont été condamnés pour des vols et violences, ce mercredi, par le tribunal correctionnel de Lille. Fabrice P., un gardien de la paix âgé de 42 ans, a écopé de trois ans de prison ferme, tandis que Yannick V., adjoint de sécurité âgé de 30 ans, a pris 18 mois ferme.

Un juge client des vendeurs

Lors du procès qui s'est tenu en octobre, cinq Bangladais avaient raconté, via leur interprète, comment ils avaient été rackettés, parfois violemment, par la même patrouille de police, entre janvier 2012 et février 2013, dans les rues de Lille.

L’une des victimes avait notamment relaté avoir été transporté en voiture à la citadelle Vauban de Lille, où on lui a pris 40 euros, 70 fleurs et le récépissé de sa demande d’asile.

Un autre a expliqué avoir été emmené sur un parking de banlieue où il avait ensuite été abandonné à plusieurs km de chez lui et par une température de -7°C. Une sixième victime avait été expulsée du territoire avant le procès.

Un juge qui dénonce

L'enquête avait été ouverte lorsqu’un juge, client régulier d’un des vendeurs de roses, avait entendu parler de cette affaire et en avait informé le procureur.

Ces accusations avaient été corroborées par le témoignage d’un policier de la même équipe. Les deux prévenus avaient nié les vols et la plupart des violences, mais reconnu la confiscation des roses.

Le président Bernard Lemaire s’était alors indigné : « Ces fleurs, ce n’est pas grand-chose pour vous, mais ça a une valeur marchande, ça les fait vivre petitement. Ils les revendent avec un petit bénéfice, vivent tous dans le même appartement… »

Les avocats quittent le procès

L’audience avait été marquée par la décision des deux avocats des prévenus de quitter le procès, suivi par le principal accusé. « Nous demandions le dépaysement car nos clients étaient déjà condamnés médiatiquement à Lille et il y avait eu des irrégularités dans la procédure », souligne Me Damien Legrand, avocat de Fabrice P..

La requête déposée en 2016 n’avait pas abouti. « Ces deux condamnations sont la décision attendue d’une justice qui a choisi de consoler les victimes en sacrifiant les droits des prévenus », soulignent, aujourd’hui, les avocats de la défense qui envisagent de faire appel.