Lille: Condamné à mort en 1949, un ancien soldat SS attend un nouveau procès en lien avec le massacre d’Ascq

JUSTICE La justice allemande doit mettre en examen, avant la fin de l’année, un ancien militaire SS soupçonné d’avoir pris part, en avril 1944, au massacre de 86 personnes à Ascq, près de Lille…

Gilles Durand

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La place d'Ascq, le jour de l'enterrement des 86 massacrés, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.
La place d'Ascq, le jour de l'enterrement des 86 massacrés, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. — Société historique de Villeneuve d'Ascq
  • En avril 1944, une division SS avait massacré 86 personnes à Ascq, près de Lille.
  • Avant la fin du mois, un ancien soldat allemand de cette division doit être mis en examen pour crimes de guerre.
  • Il avait déjà été condamné à mort par contumace en 1949.

Il sera peut-être le dernier poursuivi pour crimes de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Heinz (ou Karl) M. fête ses 95 ans, ce mardi. Cet Allemand faisait partie de la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend qui a perpétré le massacre d’Ascq, près de Lille, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.

Quatre-vingt-six civils, âgés de 15 à 75 ans, avaient été abattus en représailles à une action de sabotage de la voie ferrée par des Résistants.

La plainte d’un Nordiste

Avant la fin d’année, le procureur de Celle, près d’Hanovre, en Allemagne, doit signifier à Heinz M. sa mise en examen, à l’issue d’une enquête qui a duré plusieurs années. C’est la plainte d’un mandataire judiciaire nordiste, Alexandre Delezenne, descendant d’un des massacrés d’Ascq, qui avait déclenché la procédure en 2013. Dans l’attente du procès, douze enfants de victimes se sont portés partie civile.

L’ancien sous-officier SS aurait dû déjà comparaître en 1949 devant un tribunal militaire, à Lille, avec seize autres anciens membres de cette division SS. En mars 1949, un mandat d’arrêt avait été émis contre lui, mais trois jours plus tard, la justice recevait un avis de cessation de recherche.

« Les Américains et les Britanniques, dans leur zone d’occupation, en Allemagne, n’extradent plus à cette date car c’est le début de la guerre froide avec l’URSS », souligne Jacqueline Duhem, historienne nordiste qui a écrit Ascq, l'Oradour du Nord.

Dénoncé par son supérieur

Elle a pu consulter les PV d’interrogatoires de l’époque. « En 45, l’adjudant Heinz M. ne fait pas partie des militaires recherchés, raconte-t-elle. C’est le témoignage de son supérieur hiérarchique, alors prisonnier de guerre, qui mentionne pour la première fois son nom. Sa description correspond au gradé qui a tabassé le chef de gare et un facteur, puis a donné l’ordre de leur tirer dessus ».

Un autre soldat SS prisonnier le compromet aussi dans un témoignage, en octobre 1948. A l’issue du procés, Heinz M. sera condamné à mort par contumace, le 6 août 1949. Vingt ans plus tard, la peine sera prescrite. Heinz M. va mener une vie paisible en Allemagne jusqu’à ce que des policiers viennent perquisitionner chez lui, en janvier 2016.

L’individu se serait plaint sur internet de la disparition d’un album de souvenirs de sa jeunesse hitlérienne. Les policiers découvriront des reliques de l’époque nazie chez lui. Il confirme être passé à Ascq la nuit des crimes, mais « dément avoir pris part au massacre », précise le procureur de Dortmund chargé de l’enquête. Ce qui n’empêchera pas son inculpation. Et peut-être plus tard, celle de deux autres soldats de la même division SS, encore en vie.