Lille: Le calvaire d'une étudiante forcée de côtoyer son agresseur présumé

SOCIÉTÉ Une élève avocate de l’université de Lille 2 accuse un autre étudiant de l’avoir agressée plusieurs fois en toute impunité…

Mikael Libert

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Manifestation de femmes pour dénoncer les agressions sexuelles (illustration).
Manifestation de femmes pour dénoncer les agressions sexuelles (illustration). — LAURENT CHAMUSSY/SIPA
  • Sa plainte pour viol a été classée, faute de preuves.
  • Une seconde agression devant témoins dans l’enceinte de la fac.
  • Un conseil disciplinaire doit se tenir, mardi.

La peur au ventre. En 2017, une étudiante en Droit à Lille a déposé plusieurs plaintes, dont une pour viol, contre un autre élève de sa fac. En attendant que l’administration et la justice fassent leur office, la jeune femme croise tous les jours, dans les couloirs de l’université, cet individu qui la terrifie.

Un « Dr. Jekyll et Mr. Hyde »

Ouria (prénom d’emprunt) a laissé tomber son ancien métier pour reprendre des études de Droit à l’université de Lille 2. Au cours de l’année universitaire 2016-2017, elle a rencontré C., étudiant dans la même section. « Il était sympathique, avenant. Nous nous sommes fréquentés, se souvient-elle. Mais ça s’est vite mal passé. Il était comme le Dr. Jekyll et Mr. Hyde, je suis tombée de haut ».

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Tout a basculé début 2017. La jeune femme a déposé une plainte contre C. pour « viol et menaces de mort ». « J’y suis allée un mois après les faits, j’étais traumatisée », explique Ouria. Faute de preuve, les policiers ont procédé à une confrontation : « Il a affirmé que notre relation était sadomaso, que j’avais demandé à me faire frapper et cracher dessus », s’indigne-t-elle. Classement sans suite.

« Il s’est jeté sur moi et m’a étranglée »

Après cela, Ouria s’est effondrée. Sous antidépresseurs, elle a arrêté de venir en cours. Soutenue par ses proches et l’association l’Echappée, elle s’est persuadée de « passer à autre chose » et a repris le chemin de la fac l’année suivante : « je rasais les murs pour ne pas le croiser ». Jusqu’au 20 septembre 2017. « Lors d’un inter-cours, il m’a insultée avant de se jeter sur moi et de m’étrangler », assure-t-elle. Sous le choc, Ouria a été conduite auprès du médecin de la fac qui a constaté les stigmates de l’agression.

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Le soir même, elle a déposé une plainte et un médecin légiste lui a prescrit trois jours d’ITT dès le lendemain. Appuyée par le syndicat UNEF, Ouria est parvenue à obtenir l’exclusion temporaire de C. dans l’attente d’un conseil disciplinaire. « Ça l’a rendu fou, il est venu me menacer de mort jusque chez moi et malgré tout, la fac l’a autorisé à venir passer ses examens ».

« Depuis, la procédure est au point mort », regrette maître Bulto, l’avocat d’Ouria. Côté administratif, une commission disciplinaire doit se tenir, mardi, pour statuer sur le cas de C. « Moi, tout ce que je veux, c’est étudier sans être en danger », plaide la jeune femme. Contactée, l'université de Lille 2 n'a pas donné suite.