Après la jungle de Calais, des réfugiés deviennent étudiants à l'université de Lille

ASILE Depuis le 18 octobre 2016, l'université de Lille 2 accueille sur son campus plusieurs étudiants réfugiés ou en attente du statut de réfugié...

H.S.

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Des migrants jouent au football dans la Jungle à Calais le 13 octobre 2016.
Des migrants jouent au football dans la Jungle à Calais le 13 octobre 2016. — V.VANTIGHEM/20 Minutes
  • Il y a un an, l'Etat engageait le démentèlement de la «jungle» de Calais.
  • 7.400 migrants vivant dans des conditions déplorables ont été transféré dans des centres d'accueil sur le territoire national.
  • Riaz et Ejazullhay, tous deux réfugiés et anciens de la «jungle», sont désormais scolarisés à l'université de Lille 2.

« On aime à dire qu’ils sont les premiers étudiants de la future université de Lille », s’enthousiasme Nathalie Ethuin, référente dans le dispositif d’apprentissage du français et d’orientation pour les réfugiés. Depuis un an, les campus de Lille I, Lille II et Lille III accueillent 80 réfugiés ou demandeurs d’asile, tous passés par la « jungle » de Calais démantelée en octobre 2016. Les trois établissements répartis dans la métropole lilloise doivent fusionner en janvier prochain. « Ce projet d’accueil et de scolarisation est un véritable projet commun » souligne la maître de conférences.

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Un cursus aménagé

Riaz a 30 ans. Originaire du Pakistan, il a obtenu en avril dernier le statut de réfugié. La « Jungle », le trentenaire l’a arpenté pendant près de deux ans. « J’y ai vécu, puis j’ai trouvé une place dans un foyer. Plutôt que de rester à ne rien faire, j’ai voulu aider les associations présentes sur place ». Pendant de longs mois, Riaz fait office d’interprète aux côtés des militants de l’ Auberge des migrants et de Médecins du Monde. Au printemps 2016, une délégation d’enseignants et d’étudiants de la fac lilloise va à la rencontre des migrants bloqués dans la jungle. « C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler de ce projet d’inscription », poursuit Riaz.

« J’avais déjà une certaine expérience dans le milieu social, ayant travaillé pour plusieurs ONG au Pakistan puis ici en France », détaille-t-il. Dans les couloirs de l’université, un petit groupe s’active pour proposer apprentissage du français et reprise d’un cursus scolaire à celles et ceux qui le souhaitent.

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Le démantèlement de la jungle signe le début du programme pour les 80 réfugiés sélectionnés par les trois établissements lillois. Au total, 200 dossiers ont été déposés. Après six mois de cours de français intensif, Riaz a démarré il y a quelques semaines sa première année de licence. « J’ai choisi Information-Communication. Mon objectif, ce serait de devenir journaliste », confie le jeune homme.

Un « étudiant comme les autres »

Particularité du programme, tous les étudiants qui attendent encore leur statut de réfugié sont pris en charge à proximité de la fac. « On a réussi à obtenir une convention avec l’opérateur Adoma et le CROUS a mis à disposition des chambres dans des locaux qui étaient vacants », précise Nathalie Ethuin. Ceux qui comme Riaz ont obtenu depuis le statut officiel de réfugié louent « comme n’importe quel étudiant de droit commun » une petite chambre de 9 mètres carrés dans une des résidences universitaires du campus.

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Propulsé parmi les 8.000 étudiants lillois, le réfugié pakistanais reconnaît « des débuts difficiles » : « Maintenant je comprends mieux, mais au départ la prise de note pendant les cours était compliquée mais j’ai pu échanger avec les autres élèves, ils m’ont aidé ». Le programme, loin de la jungle, porte désormais ses fruits. 47 nouveaux élèves réfugiés ont intégré cette année les bancs de l’université.