VIDEO. Pas-de-Calais: « Je voudrais repartir au Yémen pour négocier la paix », avoue un ancien gendarme

INTERVIEW Après avoir passé six ans comme agent de sécurité au Yémen, Jean-François Mercier rêve de repartir dans ce pays en guerre dont il est tombé amoureux…

Propos recueillis par Gilles Durand

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Jean-Francois Mercier rêve de retourner au Yemen.
Jean-Francois Mercier rêve de retourner au Yemen. — G. Durand / 20 Minutes
  • Jean-François Mercier est un ancien gendarme d’élite qui a travaillé six ans au Yémen.
  • Il compte retourner dans ce pays en guerre malgré un mandat d’arrêt contre lui.
  • Il souhaite travailler avec des dignitaires yéménites pour instaurer la paix.

Quand un ancien gendarme d’élite tombe amoureux du Yémen. C’est l’incroyable histoire que vit Jean-François Mercier depuis 2009, date à laquelle il a commencé à travailler dans ce pays. Ce Nordiste, ancien gendarme d’élite, a raconté son aventure exceptionnelle dans un livre paru l’an dernier*. Aujourd’hui, il essaie par tous les moyens de retourner au Yémen, malgré un mandat d’arrêt contre lui qui l’attend là-bas. Rencontre.

A 51 ans, pourquoi vouloir encore risquer votre peau au Yémen ?

J’ai vécu six ans là-bas. Je suis incapable de me projeter ailleurs. Je suis tombé amoureux de ce pays comme d’une femme. Ce peuple est beau. Il a plus de 2.500 ans d’existence. Ça se sent.

Pouvez-vous nous raconter votre expérience sur place ?

J’ai travaillé dans une boîte privée pour gérer la sécurité de la représentation diplomatique de l’Europe. J’avais une connaissance de ce travail car je faisais déjà ça en tant que gendarme. Je suis allé dans une dizaine de pays comme la Libye, le Liban ou le Tchad.

Ce travail a failli mal se terminer ?

J’ai vu des amis mourir, victimes d’attentat. Moi-même, j’ai pu sortir du pays in extremis en 2015 car il y avait un mandat d’arrêt contre moi. Je suis d’ailleurs toujours accusé d’espionnage. Je tente de faire annuler ce mandat d’arrêt grâce à mes contacts sur place car je compte bien retourner au Yémen.

Comment percevez-vous ce conflit peu médiatisé en France ?

On n’en parle pas beaucoup parce que le rôle de la France n’est pas clair. Il faut comprendre que ce n’est pas une guerre de religion entre chiites et sunnites comme on pourrait le croire. Le Yémen est un des rares pays au monde où les mêmes mosquées sont fréquentées par les deux camps.

Alors comment comprendre cette guerre ?

Il faut savoir que l’ancien président Saleh a gardé une grande notoriété car il est celui qui a réunifié le pays en 1990. On est dans un pays arabe qui a des traditions, des valeurs. L’éjection de Saleh a été perçue comme violente et l’élection du nouveau président, seul candidat, en 2012, a été vécue comme une mascarade. A partir de là, le coup d’état des Houthis, la minorité chiite, en 2014, a semblé presque normal. Mais l’Arabie Saoudite, pays frontalier sunnite, ne pouvait supporter d’avoir un voisin chiite. D’où le conflit où, désormais, plusieurs camps se font face. Avec en prime, les extrémistes religieux qui profitent du chaos.

Vous pensez que ça peut s’arranger…

Bien sûr. Le peuple yéménite est très soudé. On peut trouver des accords entre les différents partis. Ce n’est pas à coup de bombes sur la gueule qu’on résout les problèmes. Aujourd’hui, il n’y a plus rien au Yémen. C’est un pays exsangue ou règne le choléra. Il faut mettre tout le monde autour d’une table. C’est pour négocier la paix que je voudrais revenir.

Vous pensez qu’en dialoguant uniquement avec vos amis, ça peut marcher ?

J’ai un langage neutre. Je ne prends parti pour personne. Et je côtoie des Yéménites qui ont de l’influence. Tous me disent : « Au moins, toi, tu aimes notre pays ». C’est important.

Ce n’est pas un peu utopiste de penser réussir où l’ONU échoue ?

On me le dit souvent. Mais dans le monde, il y a deux cents leaders et on est des milliards. J’ai pour modèle Mandela et Gandhi. Ce dernier disait que si les Britanniques, qui n’étaient que 180.000, ont pu gouverner 200 millions d’Indiens c’est que ceux-ci les ont laissés faire.

Comment votre entourage conçoit cette passion surprenante ?

C’est vrai que tous les jeudis soir, je contacte mes amis yéménites au téléphone. C’est un rituel. Ma femme, par exemple, a eu du mal à comprendre. J’envoie régulièrement des textos à des chefs de tribu avec des cœurs. Elle pensait que j’avais une maîtresse. Mais le cœur, c’est une image universelle.

*« Cher Yémen, je m’en vais », ed. Orniat, 19 euros. Existe en version anglaise et arabe.