Lille: Au procès pour trafic d’armes, un douanier en «eaux troubles»

PROCES Un douanier se trouve sur le banc des accusés dans le procès, à Lille, sur un réseau présumé de trafic d’armes…

G.D. avec AFP
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Illustration des douanes.
Illustration des douanes. — G. Durand / 20 Minutes
  • Le procès d’un réseau présumé de trafic d’armes en était à son 4e jour, à Lille.
  • Les méthodes « borderline » d’un douanier pour un achat d’arme auprès Claude Hermant ont été analysées par le tribunal.
  • Claude Hermant a été indicateur des douaniers.

Le procès à Lille pour trafic d’armes s’est focalisé, ce jeudi, sur les méthodes « borderline » d’un douanier poursuivi pour un achat d’arme auprès Claude Hermant. Cette figure d’extrême droite est soupçonnée d’être au cœur d’un trafic d’armes dont six ont servi à Amedy Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper Cacher, en janvier 2015.

Chahuté à la barre

Sébastien L., agent de renseignement des douanes, a connu Hermant fin 2010 et après l’avoir utilisé comme « indic », l’a présenté aux gendarmes qui l’ont fait travailler de 2013 à 2015.

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Si quatre gendarmes ont été malmenés, mercredi, sur l’éventuel « blanc-seing » donné à Claude Hermant, dont il aurait abusé pour faire son trafic, le douanier a été encore plus chahuté.

Une vidéo enregistrée par Hermant lui-même lors d’une de leurs rencontres informelles, à propos d’un fusil-mitrailleur démilitarisé, a été le fil conducteur d’un interrogatoire musclé du président Marc Trévidic. On y entend en effet la fascination - simulée, réelle ? - du douanier pour l’engin de mort.

« J’ai subi une énorme pression de ma hiérarchie »

« Vous avez beaucoup changé de version lors de vos auditions », a reproché le président. Avant d’assurer n’avoir pas pris l’arme, « vous dites d’abord que vous l’avez eue mais que vous l’avez jetée dans la Deûle », un canal lillois. Grattant son crâne dégarni, le douanier, 41 ans, très tendu, a répliqué : « J’ai subi une énorme pression de ma hiérarchie, ils m’ont donné un scénario à décrire » au juge instructeur.

Pourquoi avoir autant joué avec le feu en faisant mine de vouloir acheter l’arme ? « Je voulais tester Hermant pour savoir si c’était quelqu’un de sérieux, s’il avait les moyens de ses prétentions », a expliqué Sébastien L.

Borderline

« On n’a pas besoin de beaucoup tester Claude Hermant sur les armes, d’autant qu’à l’époque c’est la section de recherches des gendarmes qui l’utilisait comme indic », a noté Marc Trévidic.

« Comme tant d’autres », le douanier et son informateur ont continué à échanger, même s’il n’était plus informateur dûment répertorié, a lâché Me Emmanuel Riglaire, son avocat. Et « si des gens n’étaient pas "borderline" comme lui, je ne sais pas s’il y aurait beaucoup de choses dans le registre » des forces de l’ordre, en matière de renseignements, a-t-il ajouté.

Mais le douanier est bel et bien poursuivi pour achat d’arme et non simplement pour des méthodes jugées excessives.

« Il vous a remis de l’argent pour cette arme ? »

Claude Hermant a défendu la version de son ancien « aviseur ». « Il vous a remis de l’argent pour cette arme ? », l’a questionné l’un des deux magistrats du parquet. « Oui, mais pour me tester », a répondu Hermant. « Vous l’avez remboursé j’espère ? » « Non », a reconnu cet ancien boxeur, réputé proche des milieux identitaires lillois.

« Je n’ai pas le souvenir d’avoir remis de l’argent à Hermant. […] Mais c’est possible de dépanner un informateur quand il a des difficultés passagères », a fait valoir Sébastien L. Devant ses hésitations à citer la déontologie des douaniers, l’autre magistrat du parquet a ironisé : « Et vous avez dit que vous vouliez désormais vous consacrer à la formation des douaniers… Dans la gestion des indics, par exemple ? »