Lille : Procès d’un trafic d’armes entouré de nombreuses zones d’ombre

JUSTICE Le procès pour trafic d’armes, qui s’ouvre à Lille, aura pour toile de fond l’attentat de l’Hyper Cacher à Paris et le rôle qu’ont joué la gendarmerie et la douane…

Gilles Durand

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Claude Hermant affirme avoir été un «indic» des gendarmes.
Claude Hermant affirme avoir été un «indic» des gendarmes. — B.Chibane / SIPA
  • Le procès s’ouvre lundi et doit durer une semaine.
  • Dix prévenus, dont Claude Hermant et un douanier.
  • La question de la provenance des armes d’Amedy Coulibaly sera au cœur du procès.

Comment Amedy Coulibaly s’est-il procuré des armes pour commettre l’attentat de l’Hypercacher à Paris, en janvier 2015 ? Cette question risque de planer sur le procès qui s’ouvre, lundi, au tribunal correctionnel de Lille, et doit durer cinq jours.

Dix prévenus dans le box

Dans le box des accusés, pas moins de dix prévenus, dont Claude Hermant, figure de l’ultra droite lilloise, mais aussi un douanier. Ils sont soupçonnés de trafic illégal d’armes en bande organisée et d’association de malfaiteurs.

L’affaire démarre le 20 janvier 2015 lorsque les douaniers mettent la main sur Aurore Joly, la compagne, devenue épouse, de Claude Hermant, venue récupérer un colis à la poste. A l’intérieur se trouve une arme à feu démilitarisée en provenance de Slovaquie destinée à l’entreprise Seth Outdoor, dont Aurore Joly est la gérante.

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Problème, ce transfert d’arme est illégal. S’ensuit une perquisition chez le couple où les forces de l’ordre découvrent, dans plusieurs box de garage, de nombreuses armes et munitions, ainsi qu’une fausse carte de police avec la photo de Claude Hermant.

L’enquête va finir par agglomérer plusieurs réseaux de trafics jusqu’à Charleroi, en Belgique, mais aussi en Serbie. En tout, ce sont donc dix personnes qui seront mises en examen et, pour certaines, placées en détention provisoire.

Indic, gendarmes, douane et secret défense

Mais la particularité de ce dossier, c’est qu’une arme utilisée par Amedy Coulibaly provient de ce trafic. Et surtout que le principal accusé, Claude Hermant, nie toute culpabilité. Il affirme avoir agi comme indic pour infiltrer un réseau. De fait, l’homme était effectivement un informateur des douanes jusqu’en 2012, puis des gendarmes à partir de 2013.

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Selon nos informations, quatre gendarmes ont d’ailleurs été appelés à témoigner lors du procès. Viendront-ils ? Dans cette affaire, longtemps marquée du sceau du secret-défense, l’audience risque d’être particulièrement mouvementée. Ce sera au juge Marc Trévidic, de retour, par coïncidence, à une affaire liée au terrorisme, de démêler le vrai du faux dans cette histoire digne d’un polar.