Calais: Une ONG dénonce un «usage fréquent de sprays au gaz poivre» des policiers contre les migrants

SOCIETE Dans un rapport de 50 pages, Human rights watch évoque également un usage «de la force excessif et disproportionné» des policiers à Calais...

Mikael Libert

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Des policiers de la CRS aux abords de l'ex-jungle de Calais.
Des policiers de la CRS aux abords de l'ex-jungle de Calais. — PACIFIC PRESS/SIPA

« C’est comme vivre un enfer ». Cette phrase choc, c’est le titre d’un rapport sur les « abus policiers à Calais contre les migrants, enfants et adultes », publié, mercredi, par l’Organisation non gouvernementale (ONG) Human rights watch. 20 Minutes s’est procuré le document.

Pour rédiger son rapport, l’ONG a mené des entretiens avec 61 « demandeurs d’asile et migrants » et une « vingtaine de travailleurs sociaux » entre juin et juillet 2017 sur les communes de Calais et Dunkerque. Parmi les migrants interrogés, 31 se sont « présentés comme des enfants », précise Human rights watch.

L’utilisation du « gaz poivre » en question

A partir de ces témoignages, l’ONG dresse plusieurs constats. Le premier étant un usage de la force, par les policiers, non conforme « aux normes internationales ». Ce qui revient le plus souvent, c’est un « usage fréquent de sprays au gaz poivre par les policiers ». Les récits des personnes interrogées parlent de pulvérisations sur « des migrants endormis » ainsi que sur « la nourriture et l’eau ».

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Selon l’ONG, l’agent chimique contenu dans les sprays « cause une cécité temporaire, de fortes douleurs oculaires et des difficultés respiratoires ». Il est aussi précisé que la nourriture et l’eau contaminées deviennent impropres à la consommation.

Interrogé par Human rights watch sur l’utilisation du gaz poivre, le sous-préfet de Calais, Vincent Berton, a qualifié ces propos d'« allégations » et de « calomnies ». « Je n’ai jamais vu ou entendu cela. Je n’ai pas donné de telles consignes », a-t-il précisé.

« Harcèlement » des travailleurs humanitaires

L’autre observation faite par l’ONG, c’est un « harcèlement » des travailleurs humanitaires. Le rapport cite des témoins qui évoquent des perturbations régulières de l’aide humanitaire, notamment des distributions de nourriture et d’eau. Plusieurs membres d’associations présentes à Calais parlent « d’encerclement » des distributions de repas par les policiers, de « contact physique ». Il est aussi question de contrôles d’identité intempestifs et de verbalisations des véhicules des bénévoles.

Le même sous-préfet assure, pour sa part, qu'« on n’a jamais interdit de distribution d’eau et de nourriture » et que ce sont « des allégations qui semblent inexactes ».

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Dans ses recommandations l’ONG fait, à peu de chose près, les mêmes recommandations que le défenseur des Droits qui s’était indigné, en juin dernier, « des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité ». Human rights watch enjoint par ailleurs la municipalité de Calais et l’Etat de se conformer à la dernière décision, rendue, le 26 juin, par le tribunal administratif de Lille. Contactée par 20 Minutes, la préfecture du Pas-de-Calais n’a pas donné suite, mardi soir.