Procès de Béatrice Huret: Entre rien et trois ans de prison requis contre les deux amoureuses, le No-Border et le passeur

JUSTICE Quatre prévenus comparaissent pour avoir aidé des migrants à passer en Angleterre…

Mikaël Libert
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Béatrice Huret est jugée pour avoir aidé au passage d'un réfugié en Grande-Bretagne.
Béatrice Huret est jugée pour avoir aidé au passage d'un réfugié en Grande-Bretagne. — M.Libert / 20 Minutes
  • Est-ce le procès d’une bande organisée ou de « bras cassés » ?
  • L’amour et l’humanité en question
  • Des peines d’un à deux ans de prison requises

Vertiges de l’amour. Ce lundi, deux femmes et deux hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Ils sont accusés d’avoir aidé plusieurs exilés de la « Jungle » de Calais à rejoindre le Royaume-Uni en bateaux et dans le coffre d’une voiture. Les deux femmes plaident l’acte d’amour. Dans les faits, ça n’est pas si simple.

Parmi les quatre prévenus, la plus médiatique est Béatrice Huret. Cette veuve de policier et électrice du FN a même écrit le livre Calais mon amour sur son histoire avec Mokhtar, l’exilé iranien qu’elle a aidé à réaliser son rêve d’Angleterre. Il y a aussi Ghislane Mahtab, une riveraine de l’ex- « Jungle » et son ex-compagnon, Mohammad Golshan, iranien lui aussi. Et puis il y a enfin Laurent Caffier, sympathisant No-Border et bénévole dans l’ancien camp de la Lande.

Pour les sortir de la « Jungle »

A l’audience, tous reconnaissent les faits et sont d’accord sur une chose : s’ils ont donné un coup de main aux migrants, c’était pour les sortir de la « Jungle » et les empêcher de tomber entre les mains des « dangereux » passeurs comme le précise Laurent Caffier. Lui, il a agi par « conviction » : « Ici, on les traite comme des chiens », lâche-t-il, précisant n’avoir « réalisé aucun profit ».

Si l’amour de Béatrice Huret pour Mokhtar semble expliquer son geste, une question subsiste : « Pourquoi avoir aidé deux autres personnes à passer ? », s’interroge le président. « C’était un bateau six places, j’aurais pu en mettre plus », répond-elle. Pour la cour, le problème n’est pas le nombre, mais le danger encouru. « J’ai tenté de les dissuader mais j’ai cédé par amour. »

Et sur les deux autres migrants déposés par Béatrice Huret près d’un parking de poids lourds. « Je savais qu’ils pourraient monter facilement dans des camions. » La procureur estime donc qu’elle voulait s’inscrire dans cette activité de manière durable. « Je voulais juste retirer ces personnes de la “Jungle” », glisse la prévenue.

« Je lui faisais confiance »

Du côté de Ghislane Mahtab, ça se complique quand son compagnon, Mohammad, reconnaît avoir touché de l’argent pour faire passer des migrants. « Elle n’était pas au courant, assure-t-il. C’était de l’argent pour payer mon passage. » « Vous n’avez pas l’impression de vous être fait avoir ? », demande la procureure à Ghislane Mahtab. « Quelque part, oui. Je lui faisais confiance », regrette-t-elle.

Dans son réquisitoire, la procureur a demandé au tribunal de retenir au moins une des deux circonstances aggravantes soit de « bande organisée », soit de « mise en danger de la vie d’autrui ». Sur les peines, elle a requis un an de prison avec sursis à l’encontre de Laurent Caffier et de Béatrice Huret. Pour Ghislane Mahtab, deux ans de prison dont six mois de sursis mais sans mandat de dépôt. Pour Mohammad Golshan, un an de prison avec sursis avec maintien en détention et deux ans d’interdiction du territoire.

Entre dispense et prison ferme

Le tribunal a livré son jugement en fin d’après-midi. Béatrice Huret et Laurent Caffier sont reconnus coupables pour les traversées en bateau mais la cour a décidé de les dispenser tous les deux de peine. Ghislane Mahtab a, elle aussi, été reconnue coupable pour la tentative de traversée de Mohammad et se voit condamnée à six mois de prison avec sursis. Mohammad Golshan, lui, a pris cher. Il est condamné à trois ans de prison dont 20 mois ferme ainsi qu’une interdiction de territoire de trois ans.