Calais: Gérard Collomb veut éviter tout «appel d’air» pour les migrants

REFUGIES Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb est présent vendredi à Calais pour évoquer le sujet des exilés…

O.A. avec AFP

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Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb rencontre la police à Calais le 23 juin 2017
Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb rencontre la police à Calais le 23 juin 2017 — AFP

La visite de Gérard Collomb avait été promise après l’accident mortel intervenu dans la nuit du 19 au 20 juin sur l’autoroute A16 près de Calais. A la suite d’un barrage routier, visant à ralentir le trafic pour permettre à des migrants de grimper clandestinement dans un poids-lourd, un conducteur polonais avait trouvé la mort.

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Le ministre de l’Intérieur a donc entamé ce vendredi matin une tournée d’une journée à Calais pour « constater la situation sur place » sur le dossier des migrants. Gérard Collomb s’est voulu d’emblée porteur d’un message de fermeté contre tout « appel d’air » que constituerait l’installation d’un centre d’accueil sur place.

Cet argument, éviter tout appel d’air, qui justifie le refus d’installer des commodités élémentaires (toilettes, point d’eau, douches), a été souvent invoqué par le passé. Mais il compte aussi des détracteurs. Il y a dix ans, l’ancien maire de Calais et ancien député européen Jacky Hénin (PCF) résumait ainsi le débat : « Est-ce que l’on pense vraiment que ces gens traversent une partie de l’Asie ou de l’Afrique, puis la Méditerranée, puis l’Europe au péril de leur vie, juste pour le plaisir d’aller déféquer ou prendre une douche à Calais ? »

Que l’histoire « ne se reproduise pas »

« Je suis venu pour me rendre compte personnellement de ce qui se passait ici », a en tout cas déclaré Gérard Collomb à son arrivée au port de Calais, où il devait rencontrer des acteurs économiques.

Interrogé sur son opposition à toute ouverture de centre pour migrants à Calais, il a souligné qu'« on voudrait surtout que l’histoire ne se reproduise pas » car « on a vu que lorsqu’on laissait faire, on commençait avec quelques centaines de personnes et on finissait avec plusieurs milliers de personnes qu’on ne savait plus gérer ».

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Le ministre devait ensuite s’entretenir avec les forces de sécurité au commissariat de la ville. L’agenda de Gérard Collomb indique qu’il consacrera également une heure, en fin de matinée, à une rencontre avec des associations d’aide aux migrants, qui ont dénoncé début juin des violences policières envers les migrants.

Recours en justice

Onze associations, s’appuyant notamment sur un constat alarmiste dressé par le Défenseur des Droits, ont réclamé mercredi, devant le tribunal administratif de Lille, le respect des droits fondamentaux des personnes exilées présentes à Calais, demandant notamment la construction d’un centre d’accueil local.

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De son côté, dans un entretien avec Nord Littoral, le ministre a annoncé son intention d’étendre le rétablissement de l’éclairage sur l’autoroute A16, « un investissement de cinq millions d’euros ». L’État avait abandonné le financement de cet éclairage en 2006, mettant en avant, à l’époque, son effet limité sur la sécurité routière…

Huit mois après le démantèlement de la « Jungle », vaste bidonville où vivaient quelque 7.000 migrants évacués fin octobre, plusieurs centaines d’Érythréens, Afghans et Soudanais errent de nouveau aux alentours de Calais.

Lors du conseil des ministres qui s’est tenu jeudi, Emmanuel Macron a affirmé son intention de faire preuve de « la plus grande humanité » sur le sujet, évoquant notamment une réforme à venir du droit d’asile.