VIDEO. Procès des steaks contaminés: «Le risque zéro n’existe pas», assure un accusé

JUSTICE Deux responsables d’un fournisseur de viandes sont devant le tribunal correctionnel de Douai (Nord) dans une affaire de steaks hachés surgelés infectés à la bactérie E. coli…

G.D. avec AFP

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 La viande de la marque Steak Country fabriquée par la société SEB et distribuée par le discounter Lidl.
La viande de la marque Steak Country fabriquée par la société SEB et distribuée par le discounter Lidl. — M.LIBERT/20 MINUTES

Les accusés nient leur responsabilité. Depuis ce mardi matin, deux responsables du fournisseur de viandes SEB ont nié leur responsabilité dans l’affaire des steaks hachés contaminés, devant le tribunal correctionnel de Douai, dans le Nord.

Nolan, 7 ans, en fauteuil roulant

Guy Lamorlette, 76 ans, créateur et gérant de la société SEB, et Laurent Appéré, 46 ans, son responsable qualité, sont poursuivis pour « tromperie sur une marchandise entraînant un danger ». Les manquements aux obligations sanitaires avaient provoqué des maladies graves chez les personnes ayant mangé ces steaks hachés livrés à l’enseigne discount Lidl, en 2011.

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D’emblée, la présence en fauteuil roulant de Nolan, 7 ans, touché à 2 ans par des lésions neurologiques ayant limité grandement sa motricité et ses capacités intellectuelles, a donné une tonalité grave au procès.

« Involontaire de notre part »

L’ambiance s’est encore alourdie avec la description scrupuleuse par la présidente des Syndrômes hémolytiques et urémiques (SHU) développés par les autres consommateurs de ces steaks en juin 2011, en majorité des enfants. Ils ont tous subi de nombreuses hospitalisations et gardent souvent des séquelles aux reins.

« J’ai juste envie de pleurer. Ça m’a aussi un peu détruit cette affaire, j’ai développé une maladie… », s’est ému Laurent Appéré, le visage rougeaud encadré par des cheveux mi-longs, mardi à la barre.

« Peut-être pourriez-vous regarder Nolan ? Il s’agite en vous écoutant », est intervenue Me Florence Rault, avocate de la famille du petit garçon. « Que voulez-vous que je dise en voyant cet enfant ? Ça n’a jamais été un acte volontaire de notre part », a répliqué le corpulent chef d’entreprise à la retraite Guy Lamorlette.

 

Une concentration de la bactérie élevée

Au centre de la médiatique affaire, née en juin 2011 avec une quinzaine de signalements de l’Agence régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais, la souche 0157H7, l’une des variétés de la bactérie E. coli.

Entre autres manquements, les deux prévenus sont soupçonnés d’avoir délibérément décidé de ne pas diligenter d’analyse spécifique à cette souche particulièrement dangereuse lorsque, sur les lots mis en cause, ils ont été confrontés à une concentration bien plus élevée que le seuil réglementaire de la bactérie E. coli : 770 germes contre 500.

Un plan de maîtrise sanitaire modifié

« Si on avait su qu’il y avait de l’E. coli 0157H7, on n’aurait pas mis les steaks sur le marché », a assuré Guy Lamorlette. Mais l’expert cité à la barre est formel : « ils n’ont pas mis en œuvre cette recherche de souche bactériologique (…) or la réglementation exige une mise sur le marché de marchandises saines et sûres, sans atteintes à la santé ».

La société a aussi modifié son PMS (Plan de maîtrise sanitaire) début 2011 sans en référer aux services vétérinaires de l’Etat. Résultat, elle ne s’astreignait plus à des contrôles systématiques, mais aléatoires.

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« Il faut s’imaginer ce que c’est, un camion avec 800 blocs de viande. S’il y en a 20 de contaminés, comment les trouver ? », a fait valoir Laurent Appéré. « Là, le camion devait repartir en production, sinon on fermait l’usine. Donc on analyse toujours de façon aléatoire ».

« On parle de la possible mort d’un être humain »

« On parle de la possible mort d’un être humain, vous ne trouvez pas qu’il y a un fossé avec votre explication sur les camions ? », demande cependant la présidente, agacée, à Laurent Appéré.

« Le risque zéro n’existe pas malheureusement », rétorque l’ancien responsable qualité. « Il y a déjà eu, par le passé, des rappels de steaks mis sur le marché, ce sont des choses qui arrivent… »