Stade Pierre-Mauroy: Eiffage souffre, la métropole de Lille souffle

COLLECTIVITÉS Dans un rapport sur le stade Pierre-Mauroy, la chambre régionale des comptes salue la «rigueur» de la gestion du dossier par la métropole de Lille, mais elle s’inquiète de la pérennité du modèle appliqué…

Olivier Aballain

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Le stade Pierre-Mauroy à Lille.
Le stade Pierre-Mauroy à Lille. — M.Libert/20 Minutes
  • La chambre régionale des comptes a rendu un rapport sur le stade Pierre-Mauroy, inauguré à Villeneuve d'Ascq, près de Lille, en août 2012
  • Le projet de construction et d'exploitation paraît plutôt bien géré par la métropole, mais déséquilibré pour le groupe Eiffage

« En fait il est très bon, ce rapport. » Dans les couloirs de la métropole européenne de Lille (MEL), le dernier avatar du dossier stade Pierre-Mauroy est plutôt synonyme de soulagement, après la mise en examen du président Damien Castelain sur ce dossier.

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Les conclusions du rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) ont déjà largement circulé, et elles saluent notamment la « rigueur » dont a fait preuve la MEL dans le montage du projet.

Le rapport doit être présenté ce jeudi soir en conseil de la métropole. Mais le site Mediacités Lille en publie déjà quelques passages riches d’enseignements.

Un énorme surcoût de construction. Martine Aubry, présidente de la métropole lorsque le partenariat public-privé (PPP) a été signé avec Eiffage, a toujours proclamé que le groupe de BTP « ne [gagnait] pas d’argent » sur ce dossier. La CRC pose des chiffres sur ce constat, estimant le surcoût du chantier à 132 millions d’euros. La somme dépasse de 45 % l’estimation du contrat (287 millions), alors que pour des chantiers similaires la moyenne des dépassements est de 7,8 %, relève la chambre. Pour l’instant, Eiffage doit supporter seul cet imprévu financier.

Mais le groupe de BTP, qui invoque notamment une prise en compte tardive des normes sismiques, a engagé une procédure au tribunal administratif pour que la métropole en prenne une part.

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Un gouffre en exploitation pour Eiffage. Même depuis l’ouverture du stade, l’affaire n’est pas rentable pour le groupe de BTP. Pour absorber les déficits endurés depuis l’inauguration, en août 2012, Eiffage a dû renforcer la trésorerie de sa filiale Elisa de 42 millions d’euros. Et l’exploitant ne prévoit pas de retour à l’équilibre dans un avenir proche. « Les magistrats […] m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu d’autres PPP où le partenaire privé perdait de l’argent vis-à-vis du public », se réjouit Martine Aubry, auprès de Médiacités.

En cause notamment, selon la CRC : la part assumée par le LOSC, club résident du stade, dont la contribution devrait être « réévaluée » à la hausse, estime la chambre. L’ancien patron du club, Michel Seydoux, avait déclaré l’exact inverse en 2015

 

Un risque en devenir pour la métropole. Saluée pour avoir géré le dossier du stade avec rigueur, « tant pour la construction que pour l’exploitation », la métropole n’est pas pour autant tirée d’affaire. Une faillite d’Elisa est possible si Eiffage décide de couper les ponts, mais l’hypothèse a plusieurs fois été écartée par Martine Aubry, précisant qu’Eiffage « n’a pas intérêt, pour sa réputation » à transformer le dossier du stade en échec.

Moins hypothétique est l’arrêt des revenus issus des partenariats, au terme des contrats passés pour 5 ans, en 2013, pour commercialiser certains espaces (le Crédit Mutuel paie 1,4 millions d’euros pour, notamment, apposer son nom sur le stade). Et il reste le risque d’une descente du LOSC en Ligue 2, qui ferait chuter la contribution du club et bondir celle de la métropole, passant de 10 à 15 millions d’euros par an.