Lille: Parfumer les stations de métro, une idée qui sent mauvais

TRANSPORTS La diffusion de parfum dans la gare de métro de Lille-Saint-Maurice ne soulève pas vraiment d’enthousiasme chez les spécialistes de l’air intérieur…

Olivier Aballain

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Station de métro Transpole Saint-Maurice, à Lille
Station de métro Transpole Saint-Maurice, à Lille — O. Aballain / 20 Minutes
  • Transpole expérimente, depuis la mi-avril, la diffusion de parfum dans une station de métro lilloise
  • La mesure doit faire l’objet d’une évaluation en juillet, avant d’être éventuellement élargie à d’autres stations
  • Les spécialistes de l’air intérieur sont sceptiques et pointent les risques d’irritation pour les personnes sensibles

L’idée n’est peut-être pas si bonne que ça. En expérimentant la diffusion d’un parfum dans les couloirs de la station de métro Saint-Maurice, à Lille, Transpole espère « améliorer l’expérience des voyageurs ». Mais certains usagers et, surtout, les spécialistes de l’air intérieur, sont pour le moins sceptiques sur l’opération.

« La première fois c’était tellement fort que je me suis demandé si ce n’était pas dangereux. Depuis, ils ont dû diminuer car ça me choque moins » confie Fouad, l’un des usagers de la station. Dans un message que nous nous sommes procuré, adressé en réponse à un passager « inquiet » pour sa compagne enceinte, la société indique d’ailleurs que les « volumes de diffusion ont été ajustés au plus près des attentes des utilisateurs ».

Un bilan de « l’expérience olfactive », lancée en avril, doit être tiré en juillet avant, éventuellement, de l’étendre à d’autres arrêts de métro.

Un « cache-misère » irritant pour certains

Contacté par 20 Minutes, Charles Cornille, ingénieur en chimie environnementale et directeur technique chez Cozy’air, alerte toutefois sur le risque d’un « cache-misère ». « Diffuser un produit parfumé dans l’air risque d’ajouter des C.O.V. (composés organiques volatiles), qui ont un effet sur le corps humain. »

Transpole précise que le parfum « d’origine naturelle » diffusé dans la station bénéficie notamment « d’un certificat d’innocuité » du fournisseur, et d'une validation de l’Ifra, l'association qui regroupe les industriels du parfum.

En outre, la méthode de diffusion par « nébulisation » (microgouttelettes liquides) choisie à Saint-Maurice apparaît « moins problématique » qu’une diffusion par combustion, selon Sylvie Taillaint, de l’organisme Atmo de surveillance de la qualité de l’air. Mais la spécialiste explique que « tous les parfums, même naturels, ajoutent dans l’air des COV qui peuvent être irritants pour certaines personnes sensibles ».

Informer le public ?

Dans un rapport de 2014, l’institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), prévient que les composés contenus dans les parfums sont des précurseurs dans la formation d’autres composés effectivement irritants, comme le formaldéhyde.

« Au mieux, cela ressemble à un cataplasme sur une jambe de bois », conclut Robert Bréhon, de l’association Que choisir, qui a alerté en 2014 sur les risques des désodorisants d’intérieur. « Dans tous les cas, il serait souhaitable que le public, notamment les personnes allergiques, soit informé de la composition du produit qui est diffusé ». Interrogée sur cette composition, Transpole n’a pas donné suite.