Lille: Un militant d'extrême droite mis en cause dans une affaire de noyé de la Deûle

JUSTICE Trois individus soupçonnés d’être impliqués dans la mort par noyade d’Hervé Rybarczyk en novembre 2011…

Gilles Durand

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Les rives de la Dele du côté jardin Vauban.
Les rives de la Dele du côté jardin Vauban. — MIKAEL LIBERT / 20 MINUTES
  • En 2010 et 2011, cinq hommes avaient été retrouvés noyés dans la Deûle à un peu plus d'un an d'intervalle.
  • Trois personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire dans l'affaire d'un de ces noyés, Hervé Rybarczyk.
  • Hervé Rybarczyk avait été retrouvé le23 novembre 2011, près du port fluvial de Lille.

Hervé Rybarczyk ne faisait pourtant pas partie de « l’affaire des noyés de la Deûle » qui avait été médiatisée en 2011. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’il s’agissait peut-être du dossier le plus ambigu. Jeudi et vendredi dernier, quatre individus ont été arrêtés et trois d’entre eux mis en examen et placés en détention provisoire, révèle La Voix du Nord.

Un membre de la droite ultra

Ils sont suspectés de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner en réunion, avec préméditation ou guet-apens et avec arme » concernant le décès par noyade d’Hervé Rybarczyk, un musicien lillois. Parmi les mis en cause figure un membre de la droite ultra, déjà condamné pour une agression dans un bar gay lillois, le Vice & Versa, en 2013.

>> A lire aussi : L'enquête sur les noyés se termine

Le décès d’Hervé Rybarczyk remonte à novembre 2011. Guitariste du groupe Ashtones, il disparaît dans la nuit du 11 au 12 novembre après un concert dans un bar, boulevard Montebello, à Lille. Son corps sera retrouvé le 23 novembre, dans la Deûle, au niveau du port fluvial. Il avait 42 ans.

L’enquête conclut à un suicide

A l’époque, le procureur refuse de confier cette affaire à la police judiciaire comme il l’avait pourtant fait pour quatre précédents cas de noyade dans le canal lillois. L’enquête est vite bouclée et conclut à un suicide. Une thèse que les proches du musicien ont toujours refusé d’admettre.

« Hervé a déjà perdu un frère. Après un épisode dépressif, il allait beaucoup mieux. Il m’avait dit que s’il lui arrivait quelque chose, ses parents ne s’en remettraient pas », confiait une de ses amies.

Quatre ans plus tard, en 2015, un enquêteur, sous couvert d’anonymat, confiait à 20 Minutes des révélations étonnantes. « Hervé Rybarczyk n’est pas tombé tout seul. Il a été victime d’un règlement de compte de la part de militants d’extrême droite ». Et de livrer des noms, les mêmes qu’on retrouve aujourd’hui mis en examen.

La puce retirée du téléphone portable

D’après nos informations, les trois mis en cause avaient retiré la puce de leur téléphone portable le soir du drame. « Pour éviter d’être tracé », selon cet enquêteur, lequel affirmait par ailleurs que « le corps d’Hervé Rybarczyk portait des traces de coups ». Pourtant, à l’époque des faits, le procureur avait nié ces traces.

Il semble pourtant qu’un doute subsistait sur les circonstances de la mort. Pourquoi la famille n’a-t-elle jamais obtenu l’autorisation de faire incinérer son corps, « alors que c’était la volonté d’Hervé », nous avait confié une de ses proches ?

En 2015, une information judiciaire avait été ouverte, confiée cette fois, à la section de recherches de la gendarmerie de Lille. Elle ne concerne pas seulement l’affaire Hervé Rybarczyk, mais aussi les quatre noyades qui avaient été classées sans suite : celles de John Williams Ani en octobre 2010, de Thomas Ducroo et Jean-Meriadec Le Tarnec en février 2011 et de Lloyd Andrieu en septembre 2011.