Lille: Qui est responsable de l'avortement par erreur d'une patiente dans une clinique lilloise?

SANTE Le tribunal de Lille jugeait, ce mercredi, les différentes responsabilités du corps médical de l’hôpital Saint-Vincent de Lille dans l’administration d’un mauvais traitement à une femme enceinte…

Gilles Durand
— 
Me Blandine Lejeune, avocate de la victime.
Me Blandine Lejeune, avocate de la victime. — M. Libert / SIPA

La stagiaire, l’infirmière ou la direction de l’hopital ? Le tribunal correctionnel de Lille devait juger, mercredi, qui était responsable de l’octroi d’un mauvais traitement à une femme enceinte au sein de l’hôpital privé Saint-Vincent-de-Paul de Lille.

Erreur d’identité

Le 9 mai 2011, Zarah E. était victime d’une fausse couche alors qu’elle devait subir un cerclage du col de l’utérus, opération permettant, au contraire de renforcer une grossesse à risques. C’est une erreur d’identité qui est à l’origine du drame. La stagiaire sage-femme qui a administré le médicament s’est trompée de chambre.

La jeune fille de 26 ans comparaissait pour faute simple. On lui reproche sa négligence. L’infirmière, qui lui a demandé de prodiguer le soin, était poursuivie pour faute caractérisée, accusée de défaut d’encadrement. Quant à la direction de l’hôpital Saint-Vincent, il était soupçonné d’une mauvaise organisation des services.

Enceinte de 13 semaines, Zarah E s’est vue prescrire la prise d’un Cytotec, un médicament abortif destiné à la patiente de la chambre voisine venue, quant à elle, pour un curetage. Elle a perdu son fœtus et décidé de porter plainte.

La stagiaire reconnaît son erreur

A la barre, la seule qui reconnaît son erreur, c’est la stagiaire, devenue depuis sage-femme. « Je n’ai pas vérifié l’identité », dit-elle. C’est une infirmière qui lui a demandé, dans un couloir, d’aller chercher le médicament et de l’apporter à la patiente. « Vous vous êtes trompé de chambre ou on vous a donné un mauvais numéro ? », demande le président du tribunal. « Je ne sais plus », avoue-t-elle, timidement. De son côté, l’infirmière montre davantage d’assurance : « J’ai donné le bon numéro et le nom de la patiente ».

Mais une stagiaire est-elle habilitée à prodiguer ce genre de soin ? C’était l’enjeu de ce procès. « Je n’en veux pas à cette stagiaire, mais à l’organisation de l’hôpital », souligne Zarah. Christiane Roux, directrice de l’école de sage-femme donne une première piste : « Il n’est pas d’usage que des étudiants de première année délivrent ce type de médicament ». « Je ne savais pas que c’était un stage de découverte », précise l’infirmière.

« Rien ne protège contre ce genre d’erreur »

« Ma cliente n’en veut pas au personnel, mais à l’absence d’encadrement et aux dysfonctionnements de l’hôpital. Après cinq ans de combat pour avoir cet enfant, ça a été un drame pour ce couple », souligne Me Blandine Lejeune, avocate de la victime.

De son côté, Me Jean-François Ségard, avocat de l’hôpital Saint-Vincent, a demandé la relaxe, estimant que « la délégation de soins fait partie du fonctionnement habituel d’un hôpital ». « Rien ne protège contre ce genre d’erreur inexplicable et inimaginable. Le personnel n’a commis aucune faute pénale », précise-t-il.

Le procureur a réclamé des amendes avec sursis pour l’infirmière et la stagiaire et 15.000 € pour l’hôpital. La décision du tribunal sera rendue le 12 juillet.

Depuis cette affaire, la direction de l’hôpital Saint-Vincent a décidé de séparer les services obstétriques et gynécologiques.