Amiens: Le procès de l'ultra-droite est aussi celui de la «soumission» et de la «peur»

JUSTICE Le deuxième jour du procès du groupe d’ultra-droite White Wolves Klan (WWK) au tribunal d’Amiens, met en lumière la soumission de ses membres et la peur qui y régnait…

G.D. avec AFP

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Serge Ayoub fondateur de "Troisième Voie" arrive au tribunal d'Amiens.
Serge Ayoub fondateur de "Troisième Voie" arrive au tribunal d'Amiens. — AFP

Une « soumission servile » et une « violence exacerbée » sous un « vernis idéologique » nazi. Au tribunal correctionnel d’Amiens, les rouages du groupuscule d’ultra-droite White Wolves Klan (WWK) fondé par un sbire de Serge Ayoub ont été comparés, mardi, à ceux d’une « meute de loups dirigée par le loup en chef ». Depuis lundi, 18 prévenus âgés de 22 à 53 ans, membres ou sympathisants du WWK comparaissent.

Dirigé par Jérémy Mourain, alias Capone

« A part les soirées alcoolisées et les stupéfiants, l’intérêt du groupe est d’être prêt au combat », démythifie Vincent O., enquêteur appelé à témoigner et présenté comme le spécialiste de l’ultra-droite au sein de la gendarmerie nationale.

Co-fondé début 2013 et dirigé par Jérémy Mourain, 27 ans, le WWK est né sur les cendres de Troisième Voie, autre groupuscule qui avait à sa tête Serge Ayoub, ancien chef des skinheads d’extrême droite parisiens et des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).

Dissoute en 2013 après le mort de Clément Méric

Cette organisation avait étédissoute en juillet 2013 par décret du gouvernement après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric en juin 2013 à Paris, à la suite d’une rixe dans laquelle étaient impliqués certains de ses membres.

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« Contrairement à Troisième voie, le WWK se pose en mouvement de criminalité organisée où l’intellect laisse place à la crapulerie violente », nuance l’enquêteur, insistant sur l’absence de « militantisme politique ».

Des violences gratuites

Pas de tractage ni de manifestation mais des vols, des violences gratuites et des lynchages entre 2012 et 2014 contre les groupes rivaux, les personnes d’origine étrangère et même les membres du groupe réfractaires.

Car quand « Zbig », « Papillon » ou « Popeye » rechignaient à la tâche, « c’était la punition, on se faisait taper dessus… », murmure Kevin Pate, tête de mort tatouée dans le cou et, à l’époque des faits, pas le dernier à mettre des coups en sa qualité de sergent d’armes.

Dans ce groupe, Jérémy Mourain était « le seul à décider ». « C’était une meute de loups dirigée par le loup en chef », admet l’enquêteur. Les membres des « Loups blancs » étaient d’accord pour obéir en toutes circonstances, sans broncher, à Mourain alias « Capone » et commettre des vols pour payer en nature.

Des références au nazisme

Pourquoi rester ? « La pression », « la crainte » et « la peur », ont avancé plusieurs prévenus tour à tour, marqués par un lynchage contre l’un des leurs auquel ils ont participé en 2014. « Je me disais que c’est ce qui m’arriverait si je voulais quitter le clan », avance Rémy Rousseau, l’air hagard.

Dans le clan « l’obéissance démesurée », « la soumission servile » et « la violence exacerbée intérieure et extérieure » étaient canalisées par un terreau raciste, même si les références au nazisme n’étaient qu’un « vernis idéologique », estime le gendarme.

Aux yeux de Christopher Letrou, l’un des prévenus, « le clan était un moyen d’avoir une pseudo-famille au lieu de continuer à galérer », comme c’était le cas de ses amis de castagne du clan, tous marginaux.