Lille: Pourquoi la SNCF a abandonné 10 millions d’euros à Saint-Sauveur

IMMOBILIER En cédant 13 hectares à la ville pour 10 millions d'euros de moins que ce qu'elle demandait en 2012, la SNCF a fait un pari sur l'avenir...

Olivier Aballain

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Lille, le 6 féŽvrier 2012. La friche Saint-Sauveur, à Lille, appartenait alors à la SNCF.
Lille, le 6 féŽvrier 2012. La friche Saint-Sauveur, à Lille, appartenait alors à la SNCF. — M.LIBERT/20 MINUTES

Ça valait le coup d’attendre. A Lille, la cession des 13 hectares de terrain appartenant encore à SNCF Réseau, sur les 23 hectares du site de Saint-Sauveur, a permis de lancer le projet d’aménagement d’un nouveau quartier.

Mais le tout se fait moyennant une décote de près de 10 millions d’euros, par rapport au prix demandé en 2012. Une souplesse qui fait mauvais genre, pour une entreprise endettée à hauteur de 44,1 milliards d’euros. La direction de SNCF Réseau assume, et s’explique.

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Entre les dix premiers hectares, achetés 10,5 millions d’euros en 2010, et la cession des 13 hectares restants, il aura fallu attendre sept ans. Sept ans de négociations, ponctués d’une loi qui permet à la ville, avec l’aval de la SNCF et du gouvernement, de s’affranchir de l’estimation au prix du marché (« prix des Domaines »).

« Sortir de la simple logique financière »

En 2012 encore, le prix demandé par RFF, redevenue depuis SNCF Réseau, se situait, selon nos informations de l’époque, aux alentours de 135 euros du mètre carré (m²), soit une facture attendue à 17,7 millions d’euros. Or c’est à 7,8 millions que la cession a été actée, sous le haut patronage d’Emmanuelle Cosse, ministre du Logement.

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Un « cadeau » à 9,9 millions que Patrick Jeantet, patron de SNCF Réseau, justifie volontiers auprès de 20 Minutes. « Il faut sortir de la simple logique financière. L’immobilier n’est pas le cœur de l’activité de la SNCF. Nous gérons un patrimoine évalué à un milliard d’euros, à neuf. Mais une partie de ce patrimoine est localisée à la marge de notre réseau, alors qu’il est au centre pour d’autres ».

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Hormis l’activité créée en bordure du site par le pôle culturel de Lille3000, les 23 hectares de Saint-Sauveur étaient à l’abandon depuis 2003.

La cession de ce « patrimoine » délaissé donnerait donc vie à des projets qui, finalement, permettent la SNCF de valoriser certains actifs. Du « gagnant-gagnant » ? Même s’il ne « peut pas s’avancer », chiffres à l’appui, sur le projet de Saint-Sauveur, Patrick Jeantet est confiant sur ce type d’opérations : « Sur tout le territoire français, je peux vous assurer que la valeur créée est globalement positive ».

La SNCF prévoit de faire construire 150 logements

De son côté, le patron de SNCF Réseau dans les Hauts-de-France fait valoir que l’entreprise a « une mission de service public, d’intérêt général » qui peut aller au-delà du transport.

Le retour sur investissement est déjà programmé depuis plusieurs mois : selon les termes d’un accord conclu en janvier 2016, la filiale immobilière de la SNCF prévoyait de faire construire elle-même 150 logements sociaux sur le site, dont la moitié d'ici 5 ans.