VIDEO. Evasion spectaculaire: Redoine Faïd, parcours d’un anti-héros au service du crime

JUSTICE Jugé depuis lundi devant les assises de Douai, le braqueur quadragénaire au lourd passif n’a pas fini de faire parler de lui…

Mikael Libert (actualisé par L.B.)

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Redoine Faid aux Assises de Paris en 2016.
Redoine Faid aux Assises de Paris en 2016. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

Sa vie n’est pas un long fleuve tranquille. Le braqueur multirécidiviste Redoine Faïd qui s'est échappé ce dimanche matin de la prison de Réau (Seine-et-Marne) est un habitué des tribunaux. En mars 2017, alors qu'il comparaissait devant la cour d’assises du Nord, pour sa spectaculaire évasion de la prison de Sequedin en 2013 (pour laquelle il a été condamné à 10 ans de prison), nous avions dressé son portrait. Retour sur le parcours de ce quadragénaire picard qui a commencé, très jeune, une vie de hors-la-loi.

Redoine Faïd est né le 10 mai 1972, à Creil, dans l’Oise, de parents originaires d’Algérie. Il est issu d’une fratrie de dix enfants. Alors qu’il est encore lycéen et qu’il vient de fêter ses 18 ans, le jeune homme a basculé dans le crime en s’attaquant à une agence du Crédit du Nord, dans l’Oise. Il n’a jamais été condamné pour ce braquage, ses études lui ayant fourni un alibi pour échapper à la justice.

Le cinéma et les fourgons

Cinq ans après, il a remis le couvert. Le 20 décembre 1995, avec plusieurs complices, il a pris en otage la famille du directeur de la BNP de Creil et forcé ensuite le banquier à ouvrir le coffre de l’agence. Pour cette opération minutieusement préparée, les malfaiteurs avaient revêtu des masques à l’effigie de politiciens français comme Balladur ou Rocard. Un modus operandi qui n’est pas sans rappeler le film Point Break de Kathryn Bigelow sorti en 1991. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule fois où le braqueur va s’inspirer du cinéma.

Dans la foulée, Redoine Faïd est impliqué dans plusieurs autres vols à main armée avec séquestration jusqu’à ce jour de juillet 1997 ou le jeune homme, alors âgé de 25 ans, monte sur son premier fourgon dans une opération inspirée par une scène du film Heat de Michael Mann. « Je rêvais de me faire un fourgon, il m’a donné le mode d’emploi », avait-il déclaré dans les colonnes du journal Le Point, en 2010.

Dans le collimateur de la police, Redoine Faïd part en cavale. Dans le milieu et surtout dans les quartiers, sa réputation n’est cependant plus à faire. « Il exerce toujours une fascination chez certains jeunes. Au même titre qu’un Zidane, il est resté une star », avait déclaré un commissaire de police de l’Oise dans Le Parisien en 2013.

Rangé des voitures ?

Sa cavale se termine à Paris, en décembre 1998. Jugé pour la série de braquages des années précédentes, il a été condamné, en 1999, à 18 années de réclusion criminelle. C’est un autre aspect de la personnalité de Redoine Faïd qui lui a sans doute permis de sortir de prison dès 2009, pour bonne conduite. Car si l’homme est souvent décrit comme intelligent, poli et sympa, en 2012, le rapport d’un expert psychologue le qualifie de sociopathe manipulateur.

Le meilleur exemple étant la publication, en 2010, du livre Braqueur, des cités au grand banditisme. Son ouvrage, il va aller le vendre largement dans les médias, accordant de nombreuses interviews. Mais si le bouquin a des allures de confession d’un gangster repenti, dans les faits, son auteur est loin d’être rangé des voitures, ou plutôt des fourgons.

En effet, le 20 mai 2010, une équipe de malfaiteurs a attaqué un transport blindé à Villiers-sur-Marne. L’opération avait tourné au fiasco et s’était soldée par la mort d’une policière municipale. En mars 2011, le nom de Redoine Faïd avait de nouveau circulé après l’attaque d’un autre fourgon près d’Arras. Trois mois plus tard, il était de nouveau interpellé et placé en détention dans la prison de Sequedin, dans le Nord.

Spectaculaire évasion

Là, « le cerveau », « le chauve », « le doc » se fait oublier. Un détenu qui a croisé son chemin a expliqué que Faïd était un « prisonnier modèle », lève tôt et adepte du sport. « Un bon compagnon » et un « bon vivant ». Ainsi, le détenu particulièrement surveillé (DPS) est parvenu à se procurer une arme, des explosifs et a se faire la belle le 13 avril 2013. Une cavale d’un mois et demi au terme de laquelle il a été interpellé à Paris, le 29 mai, et a gagné un billet pour Fresnes.

Son implication dans l’attaque du fourgon à Villiers-sur-Marne a été reconnue par la cour d’assises de Paris, en 2016, ce qui lui a valu une condamnation à 18 ans de prison, révisée à 25 ans en appel. Et l’homme qui est aujourd’hui âgé de 44 ans n’en avait pas terminé avec la justice. Outre le procès aux assises du Nord pour son évasion (pour lequel il prendra dix ans), il était condamné, en octobre dernier, à 18 ans de réclusion pour le braquage d’un fourgon blindé en 2011 près d’Arras. A l'époque, nous écrivions qu'il était peu probable que Redoine Faïd revoie un jour la lumière du jour autrement qu’au travers de barreaux. C'était sans compter sur cet énième rebondissement dans la vie du criminel.