Nord: Sanctionnée par la ville après avoir mis en avant un ouvrage sur l'homoparentalité

COLLECTIVITÉS La municipalité (LR) de La Madeleine, près de Lille (Nord), a sanctionné la salariée d’une médiathèque à propos de la mise en avant d’un livre sur l’homoparentalité…

Olivier Aballain
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Couverture de «Tango a deux papas»
Couverture de «Tango a deux papas» — Ed. Le Baron Perché

Une condamnation de la ville ferait mauvais genre. Le tribunal administratif a examiné, le 28 février, un litige opposant la ville de La Madeleine à une salariée de la médiathèque. La fonctionnaire avait été sanctionnée en 2014 pour avoir parlé d'«homophobie», à la suite d'un désaccord portant sur la mise en avant d'un ouvrage traitant d’homoparentalité.

D’après le journal Le Monde, qui rapporte l’information, la municipalité avait suspendu Yveline Perroy, responsable du pôle enfance de la médiathèque, pendant trois jours, sans salaire. La fonctionnaire souhaitait placer livre parmi les nouveautés, en tête de rayonnage. Le rapporteur du tribunal a recommandé l’annulation de la sanction.

« Sujets sensibles »

Tango a deux papas - Et pourquoi pas ? reprend l’histoire de Roy et Silo, deux manchots mâles du zoo de Central Park, à New York, qui avaient couvé un œuf abandonné et donné ainsi naissance à un petit Tango. Un phénomène pas si rare, puisque l’histoire s’est depuis répétée dans plusieurs parcs zoologiques du monde.

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Mais l’ouvrage n’avait pas l’heur de plaire à la municipalité (LR), dont les responsables souhaitaient éviter la mise en avant de « sujets sensibles susceptibles de choquer le public ».

L’adjointe à la Culture, Évelyne Bizot, aurait notamment évoqué des vérifications effectuées par des usagers de confession catholique. En conséquence, le livre devait être placé dans les rayonnages au lieu d’être mis en bonne position, parmi les autres nouveautés.

Le maire Sébastien Leprêtre (LR) précise ce jeudi n'avoir «aucun problème» avec le sujet du livre, mais qu'il n'a «pas pu laisser passer les invectives injurieuses» dont il a fait l'objet.

«Invective» ou pas ?

Yveline Perroy, lors d’une réunion interne, avait estimé que la réaction de la ville pouvait «s'apparenter à de l'homophobie ». « Même à Hénin-Beaumont [municipalité dirigée par le Front National] cela ne se passe pas comme ça », avait déclaré l’intéressée, selon le rapporteur public.

Problème: là où Sébastien Lepretre voit une injure, le rapporteur du tribunal ne voit qu'un point de vue. Le magistrat a donc recommandé au tribunal de donner raison à la salariée, estimant qu’elle avait le droit de défendre ses arguments « sans invective », dans le cadre d’une réunion interne.

Sébastien Leprêtre fulmine: «Je ne suis ni homophobe, ni d'extrême droite. Je me bats dans la ville et au conseil régional (où il dirige le groupe majoritaire LR-UDI) contre le Front National».

Le rapporteur est allé plus loin en expliquant que la consigne municipale pouvait s’apparenter à un « ordre illégal », puisqu’elle visait un livre « légal », « comme est légal en France le mariage entre personnes du même sexe ».

Le jugement a été mis en délibéré. Le maire a annoncé son intention de faire appel si la ville était condamnée.

Mise à jour 17h15: Ajout de la réaction du maire