Législatives: « Ma réserve parlementaire sera gérée par un jury populaire », assure François Ruffin

INTERVIEW Le journaliste François Ruffin, réalisateur de «Merci patron», présente sa candidature aux élections législatives de juin 2017...

Propos recueillis par Gilles Durand

— 

François Ruffin, en avril 2016 à Paris.
François Ruffin, en avril 2016 à Paris. — J. Saget / AFP

Sa notoriété nationale a bondi grâce au succès du documentaire Merci Patron ! où il dénonce avec humour les pratiques d’un grand patron, Bernard Arnault. Le journaliste François Ruffin, rédacteur en chef  du journal bimestriel Fakir et un des instigateurs de Nuit Debout, a officiellement annoncé, la semaine dernière, sa candidature aux législatives 2017. Le coup d’envoi de la campagne dans la 1ère circonscription de la Somme (Amiens) doit être donné, vendredi, à Flixecourt.

>> A lire aussi : Comment le milliardaire Bernard Arnault se fait piéger par des chômeurs...

Le succès de Merci Patron ! vous donne des ailes…

Mon envie de me lancer dans la politique date des élections régionales en 2015 quand le FN a fait un carton dans la région. Les militants occupent le terrain face à une gauche éclatée qui ne donne pas envie. Et moi, je regarde mes chaussures alors qu’on a une responsabilité. La notoriété de Merci Patron ! a joué dans mon choix de me présenter mais ça fait 18 ans que je fais le journal Fakir et ça fait 18 ans que j’assiste à des fermetures d’usine sans avoir l’impression d’être soutenu par les élus.

Vous espérez faire mieux ?

Un élu a deux fonctions : une fonction législative, travailler sur les lois, mais aussi une fonction représentative. Etre un porte-voix au Parlement. Par exemple, si une usine ferme, comme Whirlpool aujourd’hui, je n’hésiterai pas à demander publiquement l’interdiction de vente de ses produits sur le terrain. Quand on évoque les problèmes dans mon petit journal, ça ne fait ni chaud, ni froid aux responsables. Je pense que le fait d’être élu donnera plus de poids à mes interventions.

Vous avez réussi à rallier toute la gauche sauf le PS, ça a été compliqué ?

Les tractations ont été longues, mais sans heurts majeurs. C’était la condition pour que je me présente. Sans l’unité, on était sûr de perdre, mais avec cette unité, on n’est pas sûre de gagner parce que ce n’est pas ça qui intéresse les électeurs. Eux, ce sont les délocalisations d’usine comme Whirlpool qui les préoccupent et ce qu’on fait face à ça.

Comment comptez-vous redonner confiance ?

J’ai dans mon programme les remboursements de santé à 100 % par la Sécurité sociale ou le Smic à 1.500 euros nets. Mais les gens ne vont pas me croire, échaudés par 30 ans de promesses non tenues. Alors, si je suis élu, j’appliquerai trois mesures rapides et faciles à mettre en œuvre sur moi-même. Sur mon salaire de député de 7.100 euros, je ne garderai que le Smic et je reverserai la différence à des associations caritatives. Mon mandat sera révocable à tout moment si une pétition recueille suffisamment de mécontents, comme dans la constitution bolivienne ou dans certains cantons suisses. Et ma réserve parlementaire sera gérée par un jury populaire tiré au sort, comme le fait déjà la députée Isabelle Attard.

Comment vous allez gérer votre métier de journaliste et votre campagne électorale ?

Le journal va continuer de paraître mais je vais mettre un fossé entre mon activité professionnelle et cette campagne. Fakir ne va pas devenir mon journal de campagne. De toute façon, le journal ne serait pas une force de frappe très intéressante car je crois que nous devons avoir 16 abonnés sur la circonscription.