UE : Comment les Anglais décident du sort d’un train Bruxelles-Lille

TRANSPORTS Les voyageurs de l’Eurostar Bruxelles-Lille-Londres se plaignent des exigences imposées par le Royaume-Uni sur le quota de places attribuées vers Lille…

Olivier Aballain

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Un train Eurostar dans le Nord.
Un train Eurostar dans le Nord. — M.LIBERT/20 MINUTES

Shocking. Les passagers réguliers de l’un des trains les plus fréquentés entre Bruxelles et Lille seront soumis, à partir du 30 janvier, à un quota fixé par les autorités… britanniques.

La situation est dénoncée par l’association Train Life, qui regroupe des usagers de la liaison entre la capitale belge et celle des Hauts-de-France. « Peut-on tolérer qu’un État extérieur à l’espace Schengen [espace de libre-circulation en Europe] puisse dicter les conditions de circulation à l’intérieur de cet espace ? », s’interroge le porte-parole, Arnaud Vanhelle.

Une « ségrégation » dans le train

En pratique, l’association dénonce la « ségrégation » dont seront victimes, à partir de lundi, les passagers lillois de l’Eurostar Bruxelles-Londres de 17h56. Pour raison de sécurité, les autorités anglaises ont exigé qu’ils soient massés dans un seul wagon, sur les dix-huit que compte la rame.

Mais la capacité de ce wagon n’excède pas 68 voyageurs (dont 20 seraient tolérés debout). Or la demande est bien supérieure (une centaine au quotidien), et « le train suivant ne part qu’à 19h17 », s’alarme Arnaud Vanhelle.

Comment les Anglais en sont arrivés là ?

La mesure découle d’un article paru le 23 janvier dans le Daily Mail ( lien en anglais), dans lequel un reporter s’étonne d’avoir pu effectuer la liaison Bruxelles-Londres sans aucun contrôle d’identité. La méthode consiste à resquiller, en voyageant jusqu’à Londres avec un billet s’arrêtant à Lille : à l’embarquement de Bruxelles, le voyageur lillois est orienté vers des places « intra-Schengen », donc sans contrôle.

Interpellées sur cette faille lilloise («the Lille loophole ») ouverte sur leur territoire, les autorités anglaises ont donc exigé d’Eurostar que les voyageurs vers Lille soient cantonnés à un seul wagon, quelle que soit l’affluence.

Quelle solution pour les Lillois ?

Pour sortir de cette impasse, Arnaud Vanhelle a interpellé plusieurs députés européens, ainsi que le conseil régional des Hauts-de-France.

Interrogé par 20 Minutes, l’eurodéputé (LR) Dominique Riquet juge la situation « catastrophique », mais estime que « ce ne sont pas les procédures qui sont en cause. C’est le contrôle qui est mauvais ».

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Pour l’élu, qui vise directement Eurostar, « l’opérateur privé de la liaison ferroviaire devrait s’assurer que les voyageurs munis de billets vers Lille soient orientés vers un ou deux wagons spécifiques, et surtout qu’ils ne puissent pas ensuite se balader dans les autres wagons ».

Arnaud Vanhelle, lui, est prêt à accepter un contrôle d’identité généralisé pour tous les voyageurs à Bruxelles, quelle que soit la destination. Mais la loi Belge l’interdit, au nom de la libre circulation dans l’espace Schengen. Ce type de contrôle systématique est déjà appliqué à Paris-Gare du Nord, pour les voyageurs des Eurostar Paris-Londres qui s’arrêtent à Calais.