La bataille navale des éclusiers

Vincent Vantighem - ©2007 20 minutes

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Les péniches ont fait des ronds dans l'eau autour de l'écluse du Grand Carré de Lille. Le trafic fluvial devrait reprendre ce matin après deux jours de grève des éclusiers, fonctionnaires des voies navigables de France (VNF). Afin d'obtenir une prime (voir encadré), ces derniers ont bloqué les dix-huit écluses à grand gabarit de la région, entraînant d'importants remous chez les mariniers, plutôt habitués aux eaux paisibles de la Deûle. « Ils nous prennent en otage, fulminait Patrice Lecoustre, sur la berge. On n'a rien à voir avec leurs salaires, nous. » A quai, La Dubail - sa péniche - n'avait pas bougé d'un kilomètre depuis deux jours. A son bord, 1 000 tonnes de sel à livrer à une usine chimique de Loos. A peine à quelques encablures... « Et si je ne livre pas rapidement, je risque de perdre mon client. »

Du centre opérationnel, Gilles Calay, éclusier et délégué CGT, observait ce ballet aquatique avec beaucoup de détermination. « Cela fait quatre ans qu'on attend notre prime, il faut bien nous faire entendre. Mais, on ne reproche rien aux mariniers. » Un argument difficile à avaler pour Patrick Duhamel. Le solide gaillard, patron du Chavignol, « comme le crottin », devait charger 650 tonnes à Béthune avant de rejoindre l'Allemagne. « Tout notre programme va être décalé. Mon client m'a déjà prévenu qu'il pourrait passer par la route. Il y en aurait pour une soixantaine de camions. Et après, on nous parle du Grenelle de l'Environnement... »