Lille: Pour tout comprendre sur les soupçons de corruption qui entourent le stade Pierre-Mauroy

JUSTICE « 20 Minutes » retrace le feuilleton judiciaire qui, depuis 2008, se penche sur le choix d’Eiffage pour la construction du Grand stade de Villeneuve d’Ascq…

Gilles Durand

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Le stade Pierre Mauroy, à Villeneuve d'Ascq, près de Lille
Le stade Pierre Mauroy, à Villeneuve d'Ascq, près de Lille — M.Libert/20 Minutes

L’enquête vient d’être élargie, mais les soupçons se reserrent. Depuis l’adoption par la comunauté urbaine de Lille (devenue Métropole européenne de Lille) du projet du Grand stade à Villeneuve d’Ascq en février 2008, la suspicion règne autour de cette décision. Le jeudi 22 décembre, La Voix du Nord et Médiacités annonçaient que deux élus, dont l’actuel président de la métropole de Lille (MEL), étaient dans le collimateur de la justice. Petite rétrospective pour comprendre le marathon judiciare qui a permis d’en arriver là.

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Février 2008. C’est la dernière séance de Pierre Mauroy comme président de Lille métropole Communauté urbaine (LMCU). Le conseil communautaire choisit Eiffage comme constructeur du futur Grand Stade à Villeneuve d’Ascq. Contre toute attente. Une semaine plus tôt, son concurrent Norpac-Bouygues figurait en tête des critères de sélection fixés par LMCU. Que s’est-il passé ?

Juin 2008. Le chantier du Grand Stade est définitivement attribué à Eiffage après des semaines de discussion pour élaborer le projet en partenariat public privé.

Fin 2008. Un ancien élu de Lambersart, Eric Darques, aimerait bien comprendre pourquoi Lille Métropole a choisi un projet plus imposant que prévu mais dont le surcoût est de 108,5 millions d’euros. Il dépose un recours devant le tribunal administratif de Lille pour dénoncer cette délibération. Le recours sera finalement rejeté en juin 2010.

Janvier 2011. Eric Darques ne désarme pas. Cette fois-ci, c’est une plainte pénale qui est déposée pour « faux en écriture publique ». Il estime qu’un faux rapport a été rédigé pour influer sur la décision des élus.

Début 2012. La plainte d’Eric Darques est classée sans suite par le procureur de la République de Lille.

Avril 2012. Le même Eric Darques persiste et relance directement le doyen des juges d’instruction. Cette fois, une information judiciaire est ouverte en octobre 2012 par la juge Fabienne Atzori.

Mai 2014. Deux fonctionnaires de Lille Métropole, en charge du dossier du stade -baptisé entre temps Pierre-Mauroy- sont mis en examen pour « faux en écriture » sur les conditions d’attribution du chantier.

Juin 2014. Une élue, Michelle Demessine, ancienne présidente de la commission Grand Stade, est convoquée la juge Fabienne Atzori comme témoin assistée. L’enquête semble avancer.

Août 2014. Rétropédalage de la justice. Promue à Lyon, la juge Fabienne Atzori décide, avant son départ, de prescire l’affaire. Eric Darques fait aussitôt appel. Il ajoute au passage à sa première plainte une deuxième pour délit de favoritisme, en novembre 2014.

Janvier 2015. La cour d’appel rejette la prescription décidée par la juge Atzori. L’affaire est relancée. Elle est confiée au juge Jean-Michel Gentil qui s’est occupé, auparavant, du dossier Liliane Bettencourt.

Octobre 2015. Le juge Gentil procède à des perquisitions au siège de la Métropole de Lille (MEL), mais aussi aux domiciles d’Henri Ségard, ancien président de groupe, et de Damien Castelain, président actuel de la MEL.

November 2015. La MEL est mise en examen pour « favoritisme » concernant les conditions d’attribution du Grand Stade à Eiffage.

Décembre 2015. Un séjour en Hongrie de Damien Castelain et Henri Ségard, payé par Eiffage, intéresse la justice. Les deux élus, qui avaient effectué un lobbying intense en faveur du projet d’Eiffage en 2008, ont, en effet, été invités à assister à un Grand Prix de Formule 1 en août 2010.