«La fac, ce n'est pas une agence ANPE»

Recueilli par Vincent Vantighem

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Yann Leroy, étudiant en archéologie à Lille III et militants aux Jeunesses communistes.
Yann Leroy, étudiant en archéologie à Lille III et militants aux Jeunesses communistes. — 20 Minutes

Yann Leroy, étudiant en archéologie à Lille-III et militant aux Jeunesses communistes.

Quelle est votre position sur la loi dite «Pécresse»?

Cette loi est inquiétante, car elle prépare le terrain à des réformes encore plus dures. Surtout, elle réduit la place des étudiants dans les instances (conseil d'administration, conseil pédagogique) décisionnelles des universités au profit des entreprises. C'est dangereux pour l'avenir.

Pourquoi?

Désormais, les industriels et les entreprises pourront s'acheter des chaires dans les facs. Imaginez qu'un patron d'une entreprise de BTP investisse dans ma fac. Mon cursus en archéologie va avoir très mal...

Le taux de chômage est élevé chez les jeunes. Ne croyez-vous pas que l'ouverture des universités au privé pourrait les aider à trouver du boulot?

Ce n'est pas en ouvrant les conseils d'administration des facs au privé que les entreprises embaucheront des philosophes, des sociologues ou des archéologues. Ces derniers n'ont pas leur place dans une entreprise. Cette loi entraînera donc une baisse d'influence et de qualité dans les facs de sciences humaines.

Et dans les universités de sciences et technologies?

Des effets pervers sont possibles. Si un industriel du pétrole investit dans la chaire d'une faculté, il n'engagera sûrement pas des recherches sur les énergies alternatives. Et puis, la fac ce n'est pas une agence de l'ANPE.

Le blocage des universités est-il le seul moyen de vous faire entendre?

C'est là tout le problème. Notre seul moyen de lutter est d'informer les étudiants. Mais cela prend du temps. Et la loi avance ! En bloquant, on libère du temps pour organiser des débats et renseigner les étudiants. Il y a beaucoup d'idées reçues auxquelles il faut tordre le cou.

Mais la majorité des étudiants n'assistent pas aux assemblées générales...

On a dénombré, lundi, 4.000 étudiants à l'AG de Lille-III sur un site universitaire qui en compte 10.000. Ce n'est pas la majorité, mais c'est tout de même pas mal.

Et que répondez-vous à ceux qui veulent débloquer les facultés et qui s'inquiètent pour leur avenir?

Qu'il vaut mieux un petit sacrifice aujourd'hui plutôt que de condamner l'essence même de l'université.