Lille: Accusé de non assistance après la mort d'un détenu, un surveillant de prison relaxé

JUSTICE Un surveillant-chef de l'ancienne prison de Loos comparaissait le 15 novembre 2016 pour n'avoir pas appelé le SAMU au secours d'un détenu mort en 2007...

Olivier Aballain

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Surveillant dans un mirador à l'ancienne prison de Loos, en 2009
Surveillant dans un mirador à l'ancienne prison de Loos, en 2009 — Philippe Huguen / AFP

Presque dix ans après, la mort en détention d’Aliou Thiam, à Loos, n’a pas fini de hanter ses proches. Mais l’administration pénitentiaire n’en a pas, elle non plus, terminé avec ce drame.

Un surveillant chef de la maison d’arrêt, qui était en poste lors de la nuit du 10 juin 2007, était jugé en correctionnelle, ce mardi 15 novembre, pour non-assistance à personne en danger. Il a été relaxé. La famille a annoncé son intention de faire appel.

Le procureur avait requis une peine de huit mois de prison avec sursis pour le surveillant chef, qui a été depuis muté à sa demande à Béthune.

Aliou Thiam, 38 ans, avait succombé à la suite de trois crises d’épilepsie, et après que son codétenu avait appelé à l’aide, à deux reprises. Considérant qu’il n’y avait pas de péril grave pour la santé du détenu, le surveillant chef n’avait pas appelé le Samu. Aliou Thiam est décédé plus de trois heures après la première crise.

La faute de l’État a déjà été reconnue

Dans cette affaire, la faute de l’État avait été reconnue en juillet 2014 par le tribunal administratif de Lille, qui a octroyé à la famille de la victime une indemnisation de 34.000 euros.

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Mardi, c’était au tour du surveillant chef de rendre des comptes, au pénal. Cet homme de 51 ans, en poste depuis 22 ans à la pénitentiaire, chapeautait cette nuit-là une douzaine d’agents. Depuis les faits il a conservé son grade de « premier surveillant », preuve qu’il fait bien son travail, avance la défense. Le procureur, lui, indique que la hiérarchie évoque à son propos « une certaine nonchalance ».

Mais en cette fin de nuit, le 10 juin 2007, le premier surveillant est « seul maître à bord » selon les termes du dossier. Lui seul disposait des clefs de toutes les cellules. Et c’est lui qui a décidé de ne pas appeler le Samu, après le premier malaise à 6h. « Cette absence de décision, ce choix d’attendre, a probablement constitué une perte de chance », estime le procureur.

« S’il n’avait pas été détenu, il aurait eu la vie sauve »

De son côté, le surveillant chef assure qu’Aliou Thiam ne lui paraissait pas en danger. Le sang qui coulait de sa bouche après la première crise, constaté par le codétenu et relevé sur son oreiller, il ne l’a pas vu. Le fait qu’il ne réponde qu’après lui avoir posé une serviette mouillée sur le visage ? « Il m’a dit “c’est bon”, qu’il allait bien ».

Le surveillant chef se défend de travers, en soutenant qu’il a recommandé « prioritairement » le cas d’Aliou Thiam aux infirmières arrivées à 8h (une recommandation dont, d’ailleurs, elles ne se souviennent pas). Il y a là une « contradiction indépassable » pour le procureur : Si le cas était prioritaire, ne fallait-il pas appeler le Samu ?

« On se dit ce n’est qu’un détenu, on va attendre les infirmières, interprète Me Gildas Brochen, avocat de la famille d’Aliou Thiam. Mais la vérité, c’est que s’il n’avait pas été détenu, on aurait appelé les services d’urgence, et qu’il aurait eu la vie sauve. »

En relaxant le surveillant chef, le tribunal a probablement estimé que c'était l'administration dans son ensemble qu'il fallait blâmer, et non le fonctionnaire. «Il souffre lui-même de la déshumanisation de son travail», avait indiqué son avocat, Me Sébastien Habourdin, à l'audience.