Agression aux urgences: Face aux manques de témoignages, le procès est renvoyé

JUSTICE Le tribunal a demandé une instruction plus approfondie au sujet de l’agression qui a eu lieu aux urgences de Tourcoing, le mois dernier…

Gilles Durand

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L'avocat des accusés, Guillaume Ghestem, à la sortie du tribunal.
L'avocat des accusés, Guillaume Ghestem, à la sortie du tribunal. — G. Durand / 20 Minutes

Pour les urgentistes de Tourcoing, la peine a failli avoir valeur d’exemple. Le procès des agresseurs présumés qui se tenait ce lundi, au tribunal correctionnel de Lille, a finalement été renvoyé après l’audience. Le juge a considéré qu’il n’était « pas en possession de tous les éléments pour juger l’affaire » et qu’il « était nécessaire que d’autres personnes soient entendues ».

Un juge d’instruction devrait donc être saisi pour mener une enquête plus poussée. En effet, pendant l’audience, les deux accusés n’ont cessé de nier être à l’origine des violences qui ont choqué le personnel des urgences du centre hospitalier de Dron, dans la nuit du 15 au 16 octobre. Le troisième était absent, hospitalisé à Roubaix.

« On était inquiet »

Ces trois prévenus, âgés de 18 à 36 ans, sont soupçonnés d’avoir participé à l’agression de plusieurs membres du personnel, lors d’échauffourées auxquelles une quinzaine de personnes avaient pris part. Selon les soignants, les violences avaient été déclenchées par des individus accompagnant un homme âgé, venu pour un malaise, et qui trouvaient le temps d’attente trop long. Trois médecins ont été blessés dans l’affrontement.

Des sanglots dans la voix, la prévenue, Sourour A., fille du patient, expliquait : « Je sais qu’on n’avait pas le droit d’entrer dans la salle de soins, mais on était inquiet et les médecins ne s’occupaient pas de mon père ». De surcroît, avec son jeune frère, Hamdi A., elle assure que ce sont les urgentistes qui ont commencé à se montrer agressifs.

Multiplication des infractions

« Donc, vous arrivez à l’hôpital et vous vous faites agresser par les médecins ? Les hôpitaux, de nos jours, sont devenus des lieux où l’insécurité domine », ironise le président. Toujours est-il qu’avant que le ton monte, la famille et les proches du patient avaient multiplié les infractions.

Ils se sont d’abord garés avec trois voitures dans un parking où seules les ambulances sont autorisées. Ils ont ensuite forcé une porte automatique pour entrer dans l’hôpital puis se sont introduits à plusieurs dans la salle de soins, au mépris de toutes règles.

Six à douze mois de prison

« Des agissements scandaleux et détestables, d’autant que dans le même temps, trois patients étaient entre la vie et la mort aux services des urgences », dénonce Me Laurent Guilmain, l’avocat des trois médecins agressés, absent du procès, car « traumatisés par cette affaire ».

« Combien de temps votre père est-il resté à l’hôpital ? », demande-t-il aux accusés, incapables de répondre à la question. « Ils considèrent que le service public est à leur disposition », se désole la procureure qui a réclamé des peines allant de six à douze mois de prison ferme à l’encontre des trois prévenus. L’un d’entre eux, Sabri A., avait déjà été condamné pour des actes de violences.

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S’ils étaient pressés ce soir-là, à l’hôpital, les trois accusés apprécieront, cette fois, que l’administration prenne son temps. Leur avocat, Me Guillaume Ghestem, a demandé et obtenu un sursis pour compléments d’enquête : « On nous parle d’une quinzaine d’individus qui ont pris part aux agressions et on ne cherche pas à connaître leur identité. On n’interroge aucun témoin sur ce qui a pu se passer ce soir-là. On nous dit que la vidéosurveillance est inexploitable alors que visiblement, elle l’est. Impossible de savoir qui est à l’origine de la bagarre ».