«Jungle de Calais»: Malgré le démantèlement, les problèmes demeurent

REPORTAGE A Calais, il reste encore beaucoup de problèmes à régler après le démantèlement du camp de migrants, la «jungle»...

Olivier Aballain

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Le centre d'accueil provisoire de Calais, le 28 octobre 2016
Le centre d'accueil provisoire de Calais, le 28 octobre 2016 — O. Aballain / 20 Minutes

De notre envoyé spécial

La « jungle » est évacuée, mais pas vide. Entre les ruines fumantes, les bennes remplies de métal tordu, les caravanes que l’on traîne en bordure du camp et le passage des engins de déblaiement, plusieurs populations animent encore les 400 hectares de terrain qui ont abrité jusqu’à 10.000 migrants cette année.

Les mineurs massés au Centre d’accueil provisoire. Les 1.500 places d’hébergement en transit, réservées aux mineurs sur le site même de la « jungle », sont remplies depuis le 2e jour du déblaiement. C’est d’ailleurs probablement ce qui explique qu’un pré-tri « au faciès », dénoncé mardi par Médecins sans frontières, a été effectué avant même l’entrée au centre.

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Ici la quasi-totalité des mineurs espère pouvoir rejoindre un proche au Royaume-Uni. Mais pour certains, comme Ezo, Soudanais de 16 ans, l’espoir est mince : « J’ai un oncle au Royaume-Uni, mais je ne l’ai pas vu depuis 2003. J’étais tout petit, et je n’ai pas ses coordonnées là-bas ». Un camarade n’envisage pourtant pas d’autre issue que le passage au Royaume-Uni : « Je n’ai pas de famille en France, et retourner au Darfour c’est impossible. »

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Le gouvernement britannique a appelé la France, jeudi, à protéger « comme il se doit » les mineurs bloqués à Calais. Dans une réponse plutôt musclée le gouvernement français a appelé son homologue britannique à assumer lui-même ses « responsabilités ». En date de jeudi, 274 mineurs évacués de la jungle avaient été accueillis sur le sol britannique, alors qu’ils sont 600 à pouvoir y prétendre, selon les associations et ONG actives à Calais.

Les autorités mobilisées. Environ 2.000 policiers doivent rester en poste à Calais, pendant et après le déblaiement du camp de migrants, afin notamment d’éviter le réaménagement de lieux de vie.

Le camp de migrants de Calais, 4 jours après le début de son évacuation en octobre 2016
Le camp de migrants de Calais, 4 jours après le début de son évacuation en octobre 2016 - O. Aballain / 20 Minutes

Par groupe de quatre ou cinq, des patrouilles de CRS sillonnent encore les allées du camp ce vendredi, pour décourager toute velléité d’installation. Mais la police a également commencé, selon un responsable associatif, à rechercher des migrants restés volontairement en dehors du camp.

Les migrants en ville éparpillés. Christian Salomé, de l’association L’auberge des migrants, affirme qu’il a transmis à la préfecture une liste de 100 personnes, majeures et mineures, qui n’ont pas été acheminées en centre d’accueil et d’orientation (CAO), et qui errent à Calais. « Mais personne ne me répond plus », indique-t-il, en regrettant de voir la situation « revenue en arrière ». Des squats ont été ouverts depuis l’annonce du démantèlement, à l’instar de ce qui s’était passé après la fermeture du centre de Sangatte, en 2002. « On n’y va pas pour éviter qu’ils se fassent repérer par la police », précise Christian Salomé.

Il est encore difficile de savoir combien de migrants ont choisi de rester dans le Calaisis. Dans la semaine qui a précédé l’opération d’évacuation, 1.000 repas étaient distribués en moins chaque jour, preuve que certains avaient anticipé l’évacuation pour continuer à tenter le passage en Angleterre. En outre, d’autres migrants, y compris des mineurs, sont arrivés de Paris dans l’espoir de profiter du dispositif calaisien, a rapporté l’agence l’AFP.