VIDEO. Démantèlement de la «Jungle» de Calais: «On ne m’a jamais volé une salade»

REPORTAGE Les habitants de Calais apaisés, mais fatalistes, ne pensent pas que l’évacuation du camp de migrants empêchera les réfugiés d’affluer…

Olivier Aballain

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Groupe de migrants sur la route qui mène au camp de Calais le 25 octobre 2016
Groupe de migrants sur la route qui mène au camp de Calais le 25 octobre 2016 — O. Aballain / 20 Minutes

De notre envoyé spécial à Calais

Jean-Claude et Jean-Marie se connaissent depuis des années. Les deux retraités se sont côtoyés dans les mêmes entreprises de Calais, aujourd’hui fermées, pour la plupart. Et leurs discussions sur la présence des migrants à Calais ne datent pas d’hier.

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Ce mardi les deux camarades se retrouvent comme d’habitude sur le terrain vague en bordure du Watergang sud où ils promènent leurs chiens, à quelques encablures du camp (la « jungle »), dont l’évacuation a commencé la veille, lundi 24 octobre.

Des Tchèques et des Polonais après la chute du mur de Berlin

« Les premiers migrants c’étaient des Européens, se souvient Jean-Claude, qui travaillait pas loin d’ici, chez Alcatel. A la chute du mur [de Berlin], on avait des Tchèques, des Polonais qui se mettaient là. Et les autorités du port les séparaient déjà, pour éviter les bagarres ».

L’évacuation du camp de migrants ne leur rendra pas l’accès à la portion de littoral où ils aimaient se balader. Les barrières métalliques et murs imposants qui entourent le terminal ferry ont définitivement modifié le paysage. « On se sent enfermés », critique Jean-Marie.

« On ne m’a pas volé une salade »

Jean-Claude, lui, s’est fait une raison depuis que le chantier d’extension du port a démarré, bouchant encore davantage les accès à la côte. « C’est pas les migrants qui nous empêchent de passer. D’ailleurs, on n’a jamais eu de problème avec eux, certifie cet ancien syndicaliste CFDT. Des gens qui volent, des crapules, il y en a certainement. Mais moi j’habite le long d’une voie qu’ils ont beaucoup empruntée, et on ne m’a jamais volé une salade ».

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Claudette, une Calaisienne de toujours, vit à deux kilomètres du camp actuel. Elle n’a pas non plus subi de nuisances : « Il y a plus de passage, certains disent bonjour, et c’est tout ». Mais elle compatit avec les riverains qui bordent le camp, épuisés par les fumées et le bruit des affrontements qui s’y produisent régulièrement, aux abords de la rocade portuaire. Pour cette raison, elle « s’inquiète quand même » pour ses petits enfants, qui pourraient tomber sur des migrants « habitués à une certaine violence ».

Personne ne s’attend à un retour à la normale

Claudette a déjà surpris des migrants dans sa cour, « il y a dix ans après la fermeture de [du camp de] Sangatte [en 2002], mais ils sont vite partis. Ils fuyaient la police, ça nous a fait drôle de les voir là, mais on voyait qu’ils avaient peur ».

Pour Sabine, qui se balade en direction du centre-ville, le risque est justement de revenir « à la situation d’avant », lorsqu’aucun camp officiel n’était accepté « et que les migrants se planquaient partout où ils pouvaient, dans des jardins, des squats… ».

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Tous en sont persuadés : le flux des migrants ne va pas se tarir avec l’évacuation de la « jungle ». « Ça, c’est une discussion à mener entre les gouvernements », soupire Claudette.

L’évacuation du campement doit se poursuivre toute la semaine. Le bilan du premier jour, avec 2.318 personnes transportées vers des centres d’accueil dans toute la France, dépassait déjà les objectifs de la préfecture.