Lille: Un historien a retrouvé la trace de juifs lillois sauvés du camp d’Auschwitz

LIVRE Grégory Célerse vient de publier un livre qui raconte comment de cheminots lillois ont permis à des dizaines de juifs de s’échapper d’un train de la mort…

Gilles Durand

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La couverture du livre «Sauvons les enfants», de Grégory Célerse.
La couverture du livre «Sauvons les enfants», de Grégory Célerse. — Photo du livre

Le train de la mort devait partir de la gare de Fives. Le 11 septembre 1942, 24 cheminots ont sauvé la vie d’environ 80 juifs, pour la plupart des enfants, victimes de rafles dans la métropole lilloise, mais aussi dans le reste de la région. Un livre, Sauvons les enfants (1), sorti à la mi-septembre, raconte cet épisode méconnu de l’Histoire lilloise.

Mobilisation spontanée des cheminots

« J’ai découvert cet événement en écrivant un précédent livre sur la traque des résistants nordistes. A l’époque, j’y avais consacré un paragraphe », explique Grégory Célerse, historien et auteur du bouquin. Ce sont des recherches en collaboration avec Patrick Lecoutre, directeur de l’Observatoire de la ville de Lille, qui ont permis à Grégory Célerse de reconstituer le fil des événements, près de trois quarts de siècle plus tard.

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Peu de travail de fond avait été réalisé sur cet acte héroïque (2). « Les cheminots, dont certains étaient résistants, se sont spontanément mobilisés pour évacuer un maximum de personnes de la gare de Fives », raconte l’historien.

Le témoignage du chef de gare

Au cours de ses recherches, il a eu notamment eu la chance de récupérer le témoignage du chef de gare de Fives au Musée du 5 juin 1944, à Tourcoing. « Ce dossier de la SNCF avait été acheté par hasard sur une brocante au marché de Wazemmes (3) », explique-t-il.

Mais son travail ne s’est pas contenté de répertorier les archives -notamment celles du service régional de la police judiciaire- pour retrouver l’identité des familles juives raflées ce 11 septembre 1942. Grégory Célerse a également tenté de retrouver la trace des enfants sauvés de ce voyage programmé vers Auschwitz. Cinq d’entre elles ont même participé, le 11 septembre 2016, à une cérémonie organisée par la mairie de Lille.

Avec des anecdotes étonnantes : La famille Baran, laquelle habite désormais à Paris, a gardé le sac à dos qui avait permis à Michel, aujourd'hui décédé, d’être emmené hors de la gare, alors qu’il n’avait que 3 mois.

Un témoignage venu de Colombie

« Au moment où nous avons publié ce livre, nous étions parvenus à identifier 34 personnes, mais à la suite d’un article de presse, nous avons été contactés par une personne résidant en Colombie. Elle avait connu une femme qui faisait partie de ce convoi quand elle était petite. Ce qui nous a permis d’identifier une 35e personne », raconte-t-il.

Grégory Célerse sera mardi 18 octobre, à 19h, à la librairie VO, rue du Molinel, et samedi 29 octobre, à 16h, au Furet, place du Général-de-Gaulle, à Lille, pour dédicacer son livre.

(1) Paru aux Editions les Lumières de Lille.

(2) L'historienne Monique Heddebaut a publié un article sur le sujet en décembre 2015 sans la revue Tsafon (n°70) : «Sans armes face à la rafle du 11 septembre 1942». L'article a été édité en tiré à part en janvier 2016 (5 euros). Rens. : contact@tsafon-revue.com

(3) Il existe aussi, aux Archives départementales du Nord, un dossier sur ce sujet.