Du gros son à la prison de Loos

REPORTAGE «20 Minutes» a pu passer les portes de la prison de Loos.

A Lille, Vincent Vantighem

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Une boucle de basse sourde trouble le silence du bâtiment A de la maison d'arrêt de Loos.


Derrière la lourde porte et le surveillant qui la garde, huit détenus bidouillent sur leurs claviers d'ordinateurs. Ils participaient, mardi, au troisième atelier de «musique assistée par ordinateur» mis en place en partenariat avec l'Aéronef, salle de concerts de musiques actuelles. «Si ça se trouve, on a du talent et on ne le sait même pas», rigole l'un des élèves. Jean-Bernard Hoste, membre de la Caravane Electro et prof d'un jour, esquisse un sourire.

Chaque semaine, les huit jeunes se retrouvent dans cette salle dépouillée et sans fenêtre pour composer sur ordinateur. Du hip-hop et de l'électro essentiellement. «Sauf lui, il fait de la tecktonik», dénonce sans vergogne l'un des apprentis musiciens. Les sept autres s'esclaffent. L'ambiance bon enfant ne trouble pas l'objectif de l'atelier. «Avec huit séances de deux heures, on ne pouvait pas leur proposer des cours de solfège, concède Samira El Ayachi, de l'Aéronef. La musique sur ordinateur, au moins, ils pourront la poursuivre en sortant d'ici.»

Maillot rouge de Manchester United sur les épaules, qui tranche avec le vert baveux des murs, l'un des élèves acquiesce: «Si j'ai le temps dehors, je penserai à ça.» Son voisin, libéré dans une semaine, est plus dubitatif. A l'écart du groupe, il lâche: «C'est pas parce que je fais de la zic' ici que j'en ferai dehors. Mon objectif premier sera de me faire un max de blé!»

Benjamin Collier, l'autre membre de la Caravane Electro en charge de l'atelier, baisse les yeux. «Ce n'est pas évident. Au début, on venait ici à reculons. On n'a aucune formation pédagogique pour faire ça...» Mais le langage musical est universel. L'artiste empoigne sa guitare et joue les premiers accords des «Portes du Pénitencier» de Johnny Hallyday. Un flop: ni les détenus, ni le gardien ne comprennent l'allusion.

L'atelier s'achève. Disciplinés, les détenus rangent le matériel avant de regagner les coursives de la maison d'arrêt. L'un d'eux lance à l'assemblée: «Si avec tout ça, je suis pas prêt pour la "Star'Ac"...»