Sarkozy en visite à Calais: Comment a-t-il géré le dossier quand il était au pouvoir ?

MIGRANTS Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire présidentielle de son parti (LR), sera à Calais mercredi...

Olivier Aballain

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Nicolas Sarkozy à Sangatte en décembre 2002
Nicolas Sarkozy à Sangatte en décembre 2002 — Pascal Rossignol

Nicolas Sarkozy est attendu au tournant à Calais, le 21 septembre. Le candidat à la primaire présidentielle de son parti (LR) sera accueilli par l’un de ses principaux soutiens dans les Hauts-de-France, la maire de Calais Natacha Bouchart. Mais il arrive avec un historique : en tant qu’ancien président de la République, et ancien ministre de l’Intérieur, il a déjà eu en main le dossier calaisien. Voici ce qu’il en a fait.

Décembre 2002 : Fermeture de Sangatte

Le Calaisis est aux prises avec sa première crise des migrants. Le nombre de demandeurs d’asile vers l’Angleterre a triplé en moins de cinq ans. Le hangar humanitaire de Sangatte, ouvert par la Croix-Rouge en 1999, est à saturation avec près de 2.000 migrants hébergés. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, organise la fermeture du local.

« Il a surtout durement négocié avec les Britanniques pour obtenir qu’ils récupèrent les migrants hébergés dans le hangar, ce qui a réglé le problème », certifie le député du Nord Sébastien Huygue, membre de l’équipe de campagne de Nicolas Sakozy.

Le communiste Jacky Hénin, qui était alors maire de la ville, confirme en partie : « Je ne partage pas les vues de Monsieur Sarkozy, mais c’est bien la seule fois en 20 ans où le nombre de migrants a diminué à Calais. Il a convaincu les Anglais d’accueillir, d’un coup, 7.000 migrants. Et d’ailleurs, c’est ce qu’il faudrait continuer à faire, puisqu’ils veulent passer en Angleterre ». Sylvain, bénévole de l’association l’Auberge des Migrants, en garde un souvenir amer : « Télévisuellement parlant, c’était parfait ».

Février 2003 : Traité du Touquet

La fermeture de Sangatte ne règle pas le problème du contrôle aux frontières. Le 4 février 2003, Nicolas Sarkozy signe donc, au nom du gouvernement français, le traité du Touquet, ces accords qu’il souhaite aujourd’hui renégocier.

Leur principe fondateur : chaque pays accepte que les voyageurs souhaitant traverser la Manche soient contrôlés en amont de la traversée. Concrètement, c’est ce qui conduit aujourd’hui au blocage, sur Calais, de milliers de migrants qui souhaitent pourtant quitter la ville pour aller en Angleterre.

« Le problème a été accentué par l’intervention de la France en Libye et au Moyen-Orient », estime Jacky Hénin. « On ne pouvait pas imaginer ce qui s’est passé ensuite, plaide Sébastien Huyghe. Il fallait s’organiser pour empêcher les migrants de passer le Channel [la Manche]. »

2009 : Évacuation d’une première « jungle »

Contrairement à l’espoir soulevé par la fermeture de Sangatte, l’afflux de migrants vers Calais ne s’est pas tari. Nicolas Sarkozy est président de la République depuis 2007, il a couplé Immigration et Identité nationale dans un ministère… Et en septembre 2009, il fait évacuer un bois où des centaines de migrants se cachaient, dans une insalubrité totale.

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Mais c’est pire ensuite, pour Sylvain, de l’Auberge des Migrants : en chassant les migrants chaque fois qu’ils s’installaient, l’État a alimenté une montée « de la violence, du racisme, et de la mafia, car plus c’était dur, plus les passeurs se faisaient payer cher ». « Les Anglais avaient promis de faire évoluer leurs règles de droit, pour attirer moins de migrants, mais ce n’est pas allé assez vite, ni assez loin », regrette Sébastien Huyghe.