Pour Ange, il veut réveiller les démons

Vincent Vantighem - ©2007 20 minutes

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Seul un souffle sépare le doute de la certitude. Quatre mois après la mort de son frère, Kodjo Fiokouna n'a pas perdu le sien. Ce Togolais de 41 ans vient de déposer une plainte contre X pour « homicide » qui risque fort d'obliger le parquet de Dunkerque a rouvrir l'enquête sur le décès de son frère. Ange a été retrouvé mort dans le port de la cité de Jean-Bart le 2 juin dernier. A 100 kilomètres de chez lui. Il avait 2,5 grammes d'alcool par litre de sang alors qu'il ne buvait jamais, selon son frère. Le médecin légiste n'a pas effectué d'autopsie mais un simple examen du corps. Et dans la rhétorique en vigueur, le parquet a conclu à un « décès sans l'intervention d'une tierce personne ».

Allure dégingandée et visage d'adolescent, Kodjo se sent, depuis, investi d'une mission. « Jamais les causes réelles de sa mort n'ont été évoquées. Je suis le seul à pouvoir mener les investigations », affirme-t-il placidement. Car, pour le parquet, l'affaire n'a rien d'exceptionnel. « Je ne vais pas me couper les cheveux en quatre, avoue ainsi Carole Pautrel, substitut du procureur. On retrouve un corps par semaine. Là, on n'a constaté aucune infraction, l'affaire est classée. » Sur la même ligne, le procureur avançait même, au moment des faits, la thèse du suicide, arguant du fait qu'aucune « trace de coups n'avait été repérée sur le corps. » Mais Ange, 29 ans, vivait à Roubaix et étudiait à Valenciennes. « S'il avait voulu se suicider, il se serait jeté dans le canal de Roubaix, pas à Dunkerque », s'emporte son frère à cette évocation.

Drappé dans une grande pudeur, il regrette aujourd'hui de ne pas avoir profité plus d'Ange. Car si les deux frères n'habitaient qu'à quelques rues, ils ne se voyaient que « de temps en temps ». C'est dans ce drame que Kodjo semble avoir retrouvé le sens de la famille. Désormais, il s'attelle à cette tâche pour sa mère, couturière, et ses sept frères et soeurs, pour la plupart « encore au pays ». Serein mais déterminé, il n'attend qu'une chose : « qu'on exhume le corps d'Ange pour pouvoir enfin pratiquer une autopsie. »